Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/214

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famille, dans l’intérêt de son rôle messianique. Il était, ce semble, neveu de R. Éléazar de Modin, agadiste de grande renommée, qui avait beaucoup vécu avec R. Gamaliel II et ses compagnons[1]. On se demande si les souvenirs des Macchabées, encore vivants à Modin et consacrés par un superbe monument, n’excitèrent point chez Bar-Coziba l’héroïsme patriotique. Son courage paraît devoir être mis hors de doute ; mais la pénurie de renseignements historiques ne permet pas d’en dire davantage. Y eut-il chez lui du sérieux, de l’enthousiasme religieux, du fanatisme ? Fut-il un messianiste attardé mais sincère ? Ou bien ne faut-il voir en ce personnage équivoque qu’un charlatan, un imitateur à contre-sens de Jésus, un grossier imposteur, un scélérat même, comme le veulent Eusèbe[2] et saint Jérôme[3] ? Nous l’ignorons. La seule circonstance qu’on puisse faire valoir en sa faveur, c’est qu’il obtint l’adhésion du principal docteur juif de l’époque, de celui qui, par ses habitudes d’esprit, devait être le plus éloigné des chimères d’un imposteur : nous voulons parler de Rabbi Aquiba.

  1. Midrasch Eka, ii, 2 (Derenbourg, p. 424).
  2. Hist. eccl., IV, vi, 2.
  3. In Ruf., III, 31, conçu d’après Isaïe, xi, 4. La jonglerie mise par saint Jérôme à la charge de Bar-Coziba revient souvent dans les traditions de l’Orient. Chron. Samarit., c. 47. p. 239.