Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/223

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Quant à son rôle de Messie, il paraît que, pour le soutenir, il ne reculait pas devant de grossières impostures[1]. Le refus des chrétiens de reconnaître son caractère messianique et de faire cause commune avec lui l’irritait. Il en vint contre eux aux plus cruelles persécutions. La messianité de Jésus était la négation de la sienne et un capital obstacle à ses plans. Ceux qui refusaient de renier et de blasphémer le nom de Jésus étaient mis à mort, flagellés, torturés[2]. Juda, qui semble avoir été alors évêque de Jérusalem, peut avoir été du nombre des victimes[3]. L’indifférence politique des chrétiens, leur fidélité loyale à l’empire devaient être prises par les exaltés comme des manques de patriotisme. Il paraît, du reste, que les juifs sensés témoignaient aussi avec franchise leur mécontentement. Un jour qu’Aquiba, à la vue de Bar-Coziba, s’écriait ; « Voilà le Messie ! » — « Aquiba, lui répondit Rabbi Johanan ben Torla, l’herbe aura poussé entre tes mâchoires avant que vienne le fils de David[4]. »

Rome, comme toujours, finissait par avoir raison. Chaque centre de résistance tombait à son

  1. Saint Jérôme, In Ruf., II, 8. Cf. ci-dessus, p. 198, note 3.
  2. Saint Justin. V. ci-après, p. 303.
  3. Eusèbe, H. E., IV, v, 3.
  4. Talm. de Jérusalem, Taanith, iv, 8, fol. 68 d.