Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/228

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sages payèrent pour les fous. Une nation est une solidarité ; l’individu qui n’a contribué en rien aux fautes de ses compatriotes, qui même en a gémi, n’en est pas moins puni que les autres. Le premier devoir d’une communauté est de tenir en bride ses éléments absurdes. Or la pensée de se retirer de la grande confédération méditerranéenne que Rome avait créée était l’absurdité même. Autant le juif doux et pacifique, qui ne demandait que la liberté de méditer sur la Loi, est digne des sympathies de l’histoire, autant nos principes nous obligent à être sévères pour un Bar-Coziba, précipitant sa patrie dans un abîme de maux, pour un Aquiba, appuyant de son autorité les folies populaires. Le respect est dû à quiconque verse son sang pour une cause qu’il croit bonne ; mais l’approbation ne lui est pas due pour cela. Les fanatiques d’Israël ne combattaient pas pour la liberté ; ils combattaient pour la théocratie, pour la liberté de vexer les païens, d’exterminer tout ce qui leur semblait le mal[1]. L’idéal qu’ils poursuivaient eût été un état insupportable, analogue pour l’intolérance à la triste époque asmonéenne ; c’eût été le règne des zélotes, radicaux de la pire espèce ; c’eût été le massacre des infidèles, la terreur. Tous

  1. Apoc. de Baruch, 61 et 66.