Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/281

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que Jésus avait accompli tous les textes des prophètes et des psaumes que l’on croyait s’appliquer au Messie. Rien n’égale l’arbitraire avec lequel l’application messianique se faisait. L’exégèse des chrétiens était la même que celle du Talmud et des Midraschim ; c’était la négation même du sens historique. Les textes étaient découpés comme une matière morte. Chaque phrase, séparée de son contexte, était appliquée sans scrupule à la préoccupation dominante du moment. Déjà les évangélistes de seconde main, surtout le faux Matthieu, avaient cherché des raisons prophétiques à tous les faits de la vie de Jésus[1]. On alla bien plus loin. Non-seulement les exégètes chrétiens torturèrent la version des Septante pour en tirer ce qui allait à leur thèse, et chargèrent d’injures les nouveaux traducteurs, qui affaiblissaient les arguments qu’on obtenait de ce côté[2] ; mais ils faussèrent quelques passages. On introduisit le bois de la croix dans le psaume xcvi (verset 10), où il n’avait jamais figuré[3], la descente aux enfers dans Jéré-

  1. Voir, par exemple, Matth., ii, 23 ; iv, 14. Comparez, en général, les ἵνα πληρωθῇ de Matthieu et le Dialogue avec Tryphon de saint Justin.
  2. Surtout en ce qui concerne le passage d’Isaïe, vii, 14, et Jérém., xi, 19.
  3. Saint Justin, Dial., 73 ; Tertullien, Adv. Jud., 10 ; Adv. Marc., III, 19. Saint Cyprien, Arnobe, Lactance, saint Ambroise,