Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/301

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plicité religieuse. Les hérésies du ive et du ve siècle, ayant leur centre en Syrie, sont une espèce de protestation permanente contre les doctrines exagérées sur la trinité et l’incarnation que les Pères grecs avaient fait prévaloir. « Comment celui qui donne la vie serait-il devenu mortel ? se demandait Théodoret. Celui qui a souffert, c’est un homme que Dieu a pris parmi nous. Les souffrances appartiennent à l’homme, qui est passible. C’est la forme de l’esclave qui a souffert. » — « Je ne porte pas envie au Christ, qui est devenu dieu, disait Ibas d’Edesse ; car je peux devenir ce qu’il est devenu. » Et, le jour de Pâques, il osait s’exprimer ainsi : « Aujourd’hui, Jésus est devenu immortel[1]. » C’est la pure doctrine ébionite ou nazaréenne[2]. L’islamisme ne dit pas autre chose. Mahomet connut le christianisme par ces communautés ultra-jordaniques, opposées au concile de Nicée et aux conciles qui développèrent celui de Nicée. Les chrétiens sont pour lui des nazaréens[3]. Le docétisme des musulmans a sa racine dans les mêmes sectes[4].

  1. Ms. syr. du Musée Brit., dans Martin, le Pseudo-Synode d’Ephèse, p. 31, 33, 34.
  2. Voir les Évangiles, p. 49 et suiv.
  3. Nesara, nom des chrétiens chez tous les peuples arabes et musulmans.
  4. Voir surtout Épiphane, hær. xxx, 3. Cf. les Évangiles, p. 460 et suivantes.