Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/393

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braïque ; s’ils l’avaient connue, ils auraient certainement trouvé l’exégèse du bon Justin bien légère. Ils eussent remarqué, par exemple, que le psaume xxii (xxi) ne renferme les clous de la Passion que moyennant une interprétation puérile des contre-sens des Septante[1]. L’assertion que les Grecs ont emprunté toute leur philosophie aux Juifs[2] les aurait laissés incrédules. Ils eussent trouvé au moins étrange le passage[3] où le pieux écrivain, voulant prouver que la croix est la clef de toute chose, retrouve cette forme mystérieuse dans le mât des navires, dans la charrue et la pioche du laboureur, dans l’outil de l’ouvrier, dans le corps humain, quand les bras sont étendus, dans les enseignes et les trophées des Romains, dans l’attitude des empereurs morts et consacrés par l’apothéose[4]. L’endroit où Hérode et Ptolémée Philadelphe sont censés avoir été contemporains[5] leur eût sans doute aussi inspiré quelques doutes sur l’exactitude du récit relatif à la version des Septante, version qui sert de base à tous les raisonnements messianiques de Justin. S’ils se fussent avisés

  1. Apol. I, 35.
  2. Ibid., 44.
  3. Ibid., 55.
  4. Idées analogues dans Tertullien, Apol., 16 ; Ad nat., I, 12 ; Minucius Félix, 29.
  5. Apol. I, 31.