Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/447

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stition. On est confondu de voir Galien lui-même donner dans de pareilles folies[1]. Plus incroyable encore est la carrière de cet Ælius Aristide, sophiste religieux, dévot païen, sorte d’évêque ou de saint, poussant le matérialisme pieux et la crédulité jusqu’aux dernières limites ; ce qui ne l’empêcha pas d’être un des hommes les plus admirés et les plus honorés de son siècle[2]. Seuls, les épicuriens repoussaient nettement ces sottises. Il y avait encore quelques gens d’esprit, comme Celse[3], Lucien[4], Démonax[5], pour en rire. Bientôt il n’y en aura plus, et la crédulité régnera en maîtresse sur un monde abaissé. Le nom d’athée était un danger, mettait celui à qui on l’attribuait hors la loi, l’exposait même au supplice[6] ; or on était

  1. Il croit à Esculape et aux songes (De morb. diff., 9 ; De dignotione ex somn., Opp., VI, 833, Kühn). Marc-Aurèle n’a non plus là-dessus aucun doute. Pensées, I, 17 ; IX, 27.
  2. Voir l’édition de ses œuvres par Dindorf, III, p. cxvi, etc. ; Waddington, Mém. sur sa vie, dans les Mém. de l’Acad. des inscr. et belles-lettres, t. XXVI, 1re partie, p. 203 et suivantes.
  3. Lucien, Alex., 1, 17, 20, 21, 61 ; Origène, Contre Celse, I, 8, 68 ; II, 13, 60 ; III, 22, 35, 49, 80 ; IV, 36, 75 ; V, 3. Ailleurs (VIII, 45), Celse admet le surnaturel officiel. Ce point sera étudié dans notre livre VII.
  4. Lucien, Alex., Peregr., Philopseudes, Demonax.
  5. Lucien, Demonax. L’attribution de ce traité à Lucien souffre des objections (Bernays, Lucian, p. 104-105).
  6. Origène, Contre Celse, III, 22 ; Lucien, Alex., 45, 46, 47 ; Peregr., 21, 24.