Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/451

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ceux-ci pour rabaisser les martyrs de leurs rivaux[1]. Les divisions duraient jusqu’à la mort. On voyait des confesseurs expirant pour le même Christ se tourner le dos et éviter tout ce qui pouvait ressembler à une marque de communion. Deux martyrs nés à Euménie, Caïus et Alexandre, qui furent suppliciés à Apamée Kibotos, prirent jusqu’au bout les précautions les plus minutieuses pour qu’on ne crût pas qu’ils adhéraient aux inspirations de Montan et de ses femmes[2]. Cela nous choque, mais il faut se souvenir que, selon les opinions du temps, les dernières paroles et les derniers actes des martyrs avaient une haute portée. On les consultait sur les questions d’orthodoxie ; du fond de leurs cachots, ils réconciliaient les dissidents, donnaient des billets d’absolution[3]. On les regardait comme chargés dans l’Église d’un rôle de pacificateurs et d’une sorte de mission doctrinale[4].

Loin de nuire à la propagande, ces diversités y servaient. Les Églises étaient riches, nombreuses. L’épiscopat, nulle part ailleurs, ne comptait autant d’hommes capables, modérés, courageux. On citait

  1. Apollonius, dans Eus., V, xviii, 5, 6 et suiv.
  2. L’anonyme, dans Eus., H. E., V, xvi, 21-22.
  3. Eusèbe, H. E., V, 2, 3, 16-19. Cf. Tertullien, De pudicitia, 18, 22.
  4. Τῆς τῶν ἐκκλησιῶν εἰρήνης ἕνεκα πρεσϐεύοντες. Eus., V, iii, 4.