Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/477

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grand prix à posséder le corps du martyr. Mais l’autorité hésitait à le leur donner, craignant de voir ce supplicié devenir l’objet d’un nouveau culte. « Ils seraient capables, disaient-ils en riant, d’abandonner pour lui le crucifié. » Les juifs montaient la garde auprès du bûcher pour épier ce qu’on allait faire. Le centurion de service se montra favorable aux chrétiens et les laissa prendre ces os, « plus précieux que les pierres précieuses et que l’or le plus pur ». Ils étaient calcinés ; pour concilier ce fait avec le récit merveilleux, on prétendit que c’était le centurion qui avait brûlé le corps. On mit les cendres dans un lieu consacré, où l’on vint chaque année célébrer l’anniversaire du martyre et s’exciter à marcher sur les traces du saint vieillard.

Le courage de Polycarpe frappa beaucoup les païens eux-mêmes. L’autorité, ne voulant pas que de pareilles scènes se renouvelassent, arrêta les supplices[1]. Le nom de Polycarpe resta célèbre à Smyrne, tandis qu’on oublia vite les onze ou douze Smyrniotes ou Philadelphiens qui avaient souffert avant lui. Les Églises d’Asie et de Galatie, à la nouvelle de la mort de ce grand pasteur, demandèrent aux Smyrniotes des détails sur ce qui s’était passé. Ceux de

  1. Mart. Polyc., 1.