Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/524

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spectre surnaturel, sans entrailles. L’humanité chez lui est un mensonge. Dans son berceau, vous le prendriez pour un enfant ; attendez ; les miracles pétillent autour de lui ; cet enfant vous crie : « Je suis le Logos[1]. » La thaumaturgie de ce nouveau Christ est matérielle, mécanique, immorale ; ce sont les tours d’un magicien. Partout où il passe, il est comme une force magnétique ; la nature s’affole, déraisonne, par l’effet de son voisinage. Chacune de ses paroles est suivie d’effets miraculeux, « pour le bien comme pour le mal »[2]. Sans doute les Évangiles canoniques ont versé quelquefois dans ce défaut : les épisodes des porcs de Gergésa, du figuier maudit, n’auraient dû inspirer aux contemporains qu’une réflexion moralement assez stérile : « L’auteur de pareils actes est bien puissant. » Mais ces cas sont rares, tandis que, dans les apocryphes, la notion vraie de la conscience de Jésus, à la fois humaine et divine, est tout à fait oblitérée. En devenant un déva pur, Jésus perd tout ce qui l’avait rendu aimable et touchant. On fut entraîné assez logiquement à nier son identité personnelle, à faire de lui un fantôme intermittent, qui se montrait aux disciples, tantôt jeune, tantôt vieux, tantôt enfant,

  1. Évang. de l’enfance, 1.
  2. Évang. de Thomas, 4, 5.