Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/81

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Proverbes, dans Job[1], la Sagesse personnifiée joue le rôle d’un assesseur de la Divinité. La métaphysique et la mythologie, si sévèrement refrénées par le mosaïsme, prenaient leur revanche et allaient bientôt tout envahir.

Un mot surtout devint fécond ; ce fut le mot dabar, en chaldéen mémera, « la Parole ». Les anciens textes faisaient parler Dieu dans toutes les occasions solennelles ; ce qui justifiait des phrases comme celles-ci : « Dieu fait tout par sa parole, Dieu a tout créé par sa parole. » On fut ainsi amené à considérer « la Parole » comme un ministre divin, comme un intermédiaire par lequel Dieu agit au dehors[2]. Peu à peu on substitua cet intermédiaire à Dieu, dans les théophanies, les apparitions, dans tous les rapports de la Divinité avec l’homme. Ladite locution eut de bien plus grandes conséquences encore chez les juifs d’Égypte, qui parlaient grec. Le mot logos, correspondant de l’hébreu dabar ou du chaldéen mémera, ayant à la fois le sens de « parole » et celui de « raison », on entra par ce mot dans tout un monde d’idées, où l’on rejoignait, d’une part, les symboles de la théologie égyptienne dont nous

  1. Prov., viii, ix ; Job, xxviii. Comp. Sagesse de Jésus fils de Sirach, i, 4.
  2. Le mot מימרא est substitué à « Dieu » dans une foule de passages des Targums.