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BUCOLIQUES

canard. La tête dépassait un peu, ahurie, presque immobile.

— Attachez-lui la tête avec une ficelle, dit la servante. Je tiendrai le bout, sans quoi il va retirer la tête.

— Il n’aura pas le temps, dit Philippe.

Et d’un seul coup de serpe, tandis que nous fermions les yeux, il fit voler la tête du canard.

Puis il l’éleva en l’air et le laissa saigner.

Le canard décapité battait de l’aile et, d’un effort spasmodique, dressait son cou rouge et ruisselant.

Il avait la vie dure.

Et bientôt il rendit par le cou et non par le bec, (son bec était là-bas, au pied du mur), les dernières graines avalées.

— Il dé-mange, dit Philippe retourné à son travail.

Le canard mollissait. Toutefois ses plumes se gardèrent longtemps chaudes.

On félicita Philippe.

— C’est à croire, lui dis-je, que vous avez pris des leçons de Deibler.