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BUCOLIQUES

Le voilà seul dans les herbes où son pied tâtonne. Il perd la tête, il tombe à genoux et demande à Dieu pardon de ses péchés. Sa prière ardente et brève lui redonne du courage. Il devine que les bœufs sont cette blancheur là-bas. Il les écoute se dresser et respirer bruyamment, et il s’approche d’eux, les bras tendus.

— Holà ! Rossignol ! dit-il d’une voix faussée, où es-tu ?

Ce n’est pas Rossignol ! c’est Chauvin qu’il touche le premier. Il le reconnaît à son poil usé au flanc gauche par le timon. Le poil de Rossignol s’use au flanc droit. Et Gabriel reconnaît aussi les cornes de Chauvin. Celles de Rossignol sont égales et Chauvin n’en a qu’une tout entière ; l’autre est cassée et le bout manque.

Dès que Gabriel tient la plus longue dans sa main, il lui semble qu’il se réveille, que les ténèbres se dissipent et qu’il n’a jamais eu peur, et il serre fortement la corne. Chauvin s’ébranle d’un pas de labou-