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BUCOLIQUES

semaine. Mais j’aurais tort de m’imaginer que cette brûlée est pour moi. Nanette ne se préoccupe de personne. Elle utilise seulement les miettes de son arche.

Si je lui dis que j’aime la brûlée et que je ne connais rien de meilleur qu’un bout de brûlée chaude avec un verre de vin blanc, elle me répond :

— Moque-toi des pauvres gens comme nous. Va, mange tes gâteaux ; tu n’auras pas de notre galette de malheureux.

Voilà comme elle me répond, et le lendemain matin, de bonne heure, elle arrive portant sa brûlée dans une serviette. Elle la pose sur ma table et dit :

— Je t’apporte tout de même un quartier de brûlée. Si tu la veux, tu la prendras. Si tu ne la veux pas, tu la laisseras.

Je ne dis ni oui ni non.

— Je parie, dit-elle, que tu vas la donner à ton chien.

Je ne lève même pas les épaules.

— Et peut-être, dit-elle, que c’est trop grossier pour la fine gueule de ton chien,