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BUCOLIQUES

— Ainsi, vous êtes la plus heureuse des femmes, parce que votre mari est mort.

— Ma foi, je mentirais si je disais que je le regrette.

— Il n’y a pas que des hommes méchants. Vous ne vous ennuyez jamais toute seule ?

— Moi, je vivrais comme ça aussi longtemps que le bon Dieu.

— Ce n’est guère possible, madame Louise. Vous craignez la mort ?

— Oui, mais j’espère aller au paradis.

Madame Louise dit cela d’un ton grave. Et pourquoi n’irait-elle pas ? Elle ne fait de mal à personne, et quand elle ne veut pas dire du bien des autres, elle se tait. Elle ne manque ni la messe, ni les vêpres, et elle suit tous les cercueils qu’on porte en terre. Plus tard, aussitôt morte, elle montera droit vers Dieu. Mais ce sera peut-être dur, car elle déteste marcher, et si le chemin du ciel est trop raide, elle dira souvent :

— Holà ! mon Dieu Seigneur ! je vas glisser !