Page:Renouvier - Les Dilemmes de la métaphysique pure, 1901.djvu/87

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pour ne reconnaître qu’à Dieu seul, au fond, le titre de substance réelle.

Supposons qu’en cet état des esprits et dans la dispersion des opinions, un philosophe eut proposé simplement et fait admettre comme une convention terminologique, au nom de la méthode des sciences, une classification des phénomènes, une dichotomie : d’une part, les modes propres de la pensée, comprenant sentir, désirer et vouloir  ; de l’autre, ceux de la matière de Démocrite : étendue, figure et mouvement, sans admettre aucune cause proprement dite, mais en se tenant aux rapports de fait de leur union et de leur succession : C’est là ce que fit Descartes, au dogmatisme près ; car il ajouta que ces définitions étaient celles de deux substances, entièrement différentes, quoique aptes à être unies, et déterminables l’une par l’autre, en leurs modes divers correspondants, sans que l’on comprît comment. Descartes donnait au substantialisme, par cette division d’une parfaite clarté de deux ordres de phénomènes dont les réalités respectives ne sont pas niées, un fondement réel, à la place des anciennes fictions réalistes ; non que l’existence d’un tel support en tant que donné en soi, ici par l’esprit, là par l’étendue, selon que l’on considère les phénomènes de l’une ou de l’autre espèce, ne restât en question ; mais enfin la dénomination de substance s’appliquait pour la première fois à des conceptions définies du grand sujet de l’expérience, considéré sous le double aspect de son universalité.

Descartes est le fondateur de la physique générale et de la psychologie apriorique en leur rapport logique, parce que sa classification est correcte et s’impose scientifiquement, quelque solution qui convienne en dernière analyse à la question métaphysique, qu’il a paru