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revue musicale de lyon


est de 0m,716 ; à partir du centre du trou d’embouchure on compte 0m,612.

M. Mahillon, qui avait procuré à M. le Dr Coutagne les reproductions de cette flûte et de sa marque, a bien voulu nous

Marque Rafi - Revue Musicale de Lyon.png

expliquer son voyage de trois siècles de Lyon à Bruxelles. Le comte Correr, chez qui elle fut trouvée à Venise en compagnie d’autres anciens instruments, descendait, paraît-il, des Contarini, dont l’un, au xvie siècle, ambassadeur de la République vénitienne, ne voyageait qu’accompagné de tout son orchestre : c’est au cours de l’une de ces pérégrinations, que la flûte de Rafi dut entrer avec ou sans son exécutant dans la maison des Contarini. Quoi qu’il en soit, l’authenticité de cette pièce paraît indiscutable ; elle fournit avec les violes de Duiffoprugcar d’intéressants spécimens de la lutherie lyonnaise au xve siècle.

G. Tricou.


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Études sur l’Expression Musicale de l’Amour
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Le Duo de Tristan

(Acte ii, sc. ii)

et le Duo de Siegfried

(Acte iii, sc. iii)
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(suite)

Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de rappeler ici, la donnée bien connue de Tristan et Isolde. Tristan a tué Morold, fiancé d’Isolde, reine d’Irlande. Blessé, il a été soigné par elle, sous le nom de Tantris. Revenu à la cour du roi Marke, son oncle, il lui a vanté la beauté de la jeune reine, au point que le roi se décide à demander sa main. Tristan, chargé de l’ambassade, ramène Isolde en Cornouailles. Pendant la traversée, Isolde qui l’aime, malgré son dédain apparent, veut le faire mourir et mourir avec lui plutôt que d’appartenir à un autre. La servante


Brangæne au lieu de verser le philtre de mort, trompe sa maîtresse et lui verse le philtre d’amour. Les deux amants s’avouent alors leur passion. Arrivée en Cornouailles, Isolde épouse le roi Marke, mais elle n’aime que Tristan ; au début du second acte, elle l’attend la nuit, pendant que la cour est en chasse. Un flambeau éteint sert de signal. Tristan arrive et se jette dans les bras de celle qu’il aime, tandis que Brangæne veille du haut d’une tour.

Les voix s’unissent dans le thème du Liebesruf de l’ardeur d’amour. Tristan maudit le jour qui les sépare, et faisant allusion à la torche dont l’extinction était le signal attendu : « le soleil disparu, le jour n’abdiqua pas ; il embrasa de sa flamme funeste la torche veillant à son seuil… Ainsi que tu éteignis le flambeau, que ne puis-je à mon tour étouffer l’éclat du jour implacable, et venger les souffrances de l’amour. » Les deux amants unissent dans cette idée du jour maudit, tout ce qui les a séparés, tout ce qui constitue le monde extérieur auquel ils ne veulent plus appartenir : « N’était-ce pas son éclat orgueilleux qui rayonnait dans l’éclat de ton regard lorsque tu vins solliciter ma main pour le roi Marke. »… « L’éclat menteur de la couronne, les vains honneurs qu’on rend aux rois, avaient trompé mes yeux et mon cœur. »… « Ô perfide clarté du jour ». Et tandis que l’orchestre plaque les quatre accords si, fa dièze, sol, la caractéristiques du motif du jour, Isolde reprend : « Ô cruelles douleurs, ô peine horrible de se voir ainsi trahir par l’homme élu ; ce jour maudit, ce monde sans appâts, je jurai de les fuir dans l’ombre de la mort ». Ici revient le thème du philtre de mort, déjà entendu au premier acte. « Un seul désir me reste, conclut Tristan, l’ardente volupté de plonger dans la nuit, de m’abimer dans l’ombre où sourit l’amour. »

Alors commence cette incomparable mélodie des Rêves (Nachtharmonien). Sur de lointains et doux appels de cors, les cordes et les bois accompagnent en sourdine les voix alternées chantant la nuit propice, la sainte nuit d’amour (heilige Nacht) : « Ô nuit sereine, viens, arrache-nous au monde, recueille-nous tous deux dans ton sein ; nuit auguste, étouffe à jamais la dernière lueur du