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revue musicale de lyon


Nantes (Ouest-Artiste). — La voix de M. Azéma, un peu courte dans le registre élevé, se prête peu au rôle de Méphisto. Cet artiste paraissait mal disposé hier. Dès son entrée, un défaut de mémoire lui a fait sauter la phrase : D’où vient ta surprise. La ronde du Veau d’or lui a été peu favorable ; par contre, dans la scène de l’Église, M. Azéma a fait entendre les belles notes de sa voix et il a chanté avec style les imprécations de Méphisto.

Anvers. — M. Ansaldi chante bien, sans plus ni moins. Il est bien loin d’avoir l’éclat, l’ampleur, le timbre de son prédécesseur (M. Lucas). Mais sa voix, pour être plus petite, a plus de cohésion et demeure égale depuis le registre bas, en passant par le médium, jusqu’aux notes les plus élevés. Enfin il chante juste. M. Ansaldi qui a les qualités des défauts de M. Lucas, restera très probablement.

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bibliographie

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A. Mariotte : « Sonatines d’automne » (C. Mauclair), chez Hamelle (Paris). « Plainte » (au Mercure de France). « Romance en ré majeur », (violon ou violoncelle) et « Légende » (violon et piano), chez Janin (Lyon).

Comme Guy-Ropartz, Lekeu, Duparc ou Chausson, M. Mariotte appartient à la glorieuse école de César Franck et de D’Indy, d’où sont sortis la presque totalité des chantres de notre beau « lied » français. Mais les œuvres du distingué collaborateur de cette « Revue » conservent une physionomie qui leur est propre, une manière indiscutablement personnelle, que l’on pourrait synthétiser, dans la formule suivante : sincérité, vérité et force, dans l’expression, science très réelle des développements et des tonalités. La « Plainte » (paroles, musique et dessin de A. Mariotte) est une œuvre de jeunesse, construite avec une belle audace, sur des harmonies, tour à tour berceuses et farouches, qui soulignent à l’aide d’une déclamation juste et d’un rythme nerveux, les multiples ondations des vagues et les cris désespérés de la passion inquiète, atténuée par instants d’une teinte exotique et délicieusement évocatrice.

Les poèmes de Camille Mauclair ont quelque


peu surpris les auditeurs du premier concert de la « Symphonie Lyonnaise ». Les paroles précieuses et étranges à la façon des Serres Chaudes » de Mæterlinck, éveillent des sensations plutôt qu’elles ne font naître des idées. Mais l’impression est troublante, profonde souvent, musicale toujours, et l’on conçoit aisément qu’elles aient séduit M. Mariotte, au point de lui inspirer ses plus émouvantes paraphrases. Le thème unique, commun aux « Trois Sonatines d’Automne », possède un charme mélancolique, dont la grâce un peu mièvre est particulièrement enveloppante, dans l’exquise tonalité de si bémol mineur (Crépuscule Candide). Après plusieurs auditions, c’est décidément la première des « Sonatines » que je préfère pour sa langueur morbide, la grisaille triste de son accompagnement éclairci délicieusement d’arpèges cristallins et subtils, sur ces mots :

Ô je suis comme une eau dormante…

« Les Trois Clefs » sont un badinage léger, en forme de ballade, dont l’accompagnement interrompu emprunte aux sourdines du violon et du violoncelle un caractère intime et d’une tristesse vague, qui ne va pas sans ébaucher parfois un sourire. Avec les « Caresses Tristes », nous arrivons à la plus ardente des « Sonatines », à la plus impressionnante aussi, au point de vue du coloris musical et de l’identité de l’expression. Cette belle composition, admirablement interprétée par Mme Mauvernay, dont on connaît la diction chaleureuse, et l’émotion communicative, obtint un succès mérité auprès du public des Folies-Bergère, mercredi dernier. Malgré l’impression, de calme très doux, qui clôt la mélodie, malgré l’adroite modulation, qui nous ramène à la claire tonalité du début, au passage :

« C’est votre voix, comme une oiselle posée », le ton général de cette page vibrante rend admirablement la douloureuse et lourde rêverie du poète, et c’est profondément remués par cette musique, si simple et si vraie, que nous fermons la dernière des « Trois Sonatines d’Automne », où se révèle une âme d’artiste, et dont je recommande vivement l’étude aux épris de beauté, qui cherchent, dans l’Art, mieux qu’un passe-temps ou un jeu, le reflet de leurs sentiments et de leurs pensées.

Nous eûmes jadis le plaisir d’ouïr, exécutées par M. Emile Rosset, les deux pièces de violon, que viennent de publier MM. Janin. Rapidement, je signalerai les accents expressifs et