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l’exécution orchestrale, dont l’excellence lui est plus indispensable qu’à toute autre musique. Si l’on veut donc étudier l’histoire de la musique, c’est la symphonie et les genres purement musicaux qu’il faut prendre pour points de repère.

« Néanmoins, il s’est rencontré un génie, aussi puissant dramaturge que merveilleux musicien : c’est Wagner. Son influence a été immense, incalculable sur toutes les branches de l’art. À l’heure actuelle, quelques esprits originaux s’en sont partiellement affranchis. Mais la domination reste très tyrannique, et, en somme, il y a plutôt lieu de s’en féliciter. Car Wagner, bien compris, fécondé par l’inspiration et le travail personnels, peut créer des originalités nouvelles, et amener des tempéraments intéressants à prendre conscience d’eux-mêmes. C’est un spectacle navrant, s’il n’était parfois comique, de voir de jeunes musiciens ou des critiques superficiels juger et condamner en quelques lignes le créateur de la Tétralogie : à voir l’âpreté et la violence de leurs attaques contre le géant du drame lyrique, on ne peut s’empêcher de songer au proverbe : « Notre ennemi, c’est notre maître ».

« Certains compositeurs ont assurément inauguré une voie, nous dirions même une créature harmonique qui, par certains côtés, ne doit rien à Wagner, grâce à l’introduction dans la facture des accords d’un plus grand nombre des harmoniques naturels, qui accompagnent les sons fondamentaux. Il faut les en louer, ainsi que d’être revenus à l’emploi des anciens modes, plus variés et plus intéressants, que les deux modes où voudrait nous confiner, par une arbitraire décision, l’harmonie traditionnelle. C’est là une innovation, une incontestable originalité, mais en somme, elle ne date pas précisément d’aujourd’hui.

« En un mot, pour ceux qui ont foi dans les destinées de l’art (et M. Witkowski est de ceux-là), le progrès en


musique s’accomplira en laissant le champ de la musique largement ouvert aux nouveautés et aux originalités, mais sans se priver des conquêtes du passé et sans exclure des moyens d’expression et des procédés d’écriture, qui ont servi d’instrument aux Bach, aux Beethoven, aux Wagner. »

Jules Sauerwein.
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Chronique Lyonnaise

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GRAND-THÉATRE


La Traviata

Que d’exquises mélodies renferme cette partition si ancienne, et comme on comprend le succès d’émotion facile qu’elle obtient auprès du public populaire. Comment expliquer l’impression d’ennui et de langueur que donne son audition intégrale ? Faut-il l’attribuer à l’interprétation. Certes elle était médiocre, et nous sommes loin des beaux jours de Piccolomini en 1856, de la Patti aux Italiens, ou de Nilsonn au Lyrique, mais enfin, c’est une médiocrité dorée, à laquelle nous avons d’ailleurs eu le temps de nous faire depuis un mois que cette troupe d’opéra-comique sévit. C’est donc bien à l’œuvre même qu’il faut s’en prendre. On pourrait en dire avec bien plus d’exactitude, ce que Saint-Saëns disait de la musique de M. Reyer : « c’est charmant, mais c’est fichu comme quatr’sous ». Simplicité excessive de l’accompagnement témoignant d’une extrême pauvreté de contrepoint, négligence absolue de l’instrumentation, abus des mêmes tonalités, et par dessus tout uniformité du rythme, avec l’obsession des mesures à trois temps, tels sont les reproches à formuler dès l’abord contre l’écriture de Verdi. Mais dans quelles limites avons-nous le droit de protester, et n’est-ce pas un peu la faute de notre éducation. J’admire et j’envie les hommes de la génération qui nous ont précédé ; ils ont été élevés musicalement dans l’audition des mélodies sans méchanceté de cet infâme Donizetti, de la facture schématique de Bellini,

des petites combinaisons pas bien compliquées