Page:Revue de Paris, 12è année, Tome I, Jan-Fév 1905.djvu/684

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perdu de leur autorité. La première partie du volume décrit les assauts des Russes contre Plevna, en 1877, et résume ainsi les conclusions qu’il faut en tirer pour l’attaque :

Sur tout le front, il faut attaquer vigoureusement, enchaîner l’ennemi sur place et ne pas l’occuper seulement par un combat démonstratif, comme on l’a souvent prétendu a tort. Une partie de l’artillerie tient 1'artillerie ennemie en échec ; le reste épuise le combat de l’infanterie. Cette artillerie n’agit pas par un feu lent et qui se prolonge, mais par un tir intermittent, par une série de « rafales », exécutées en même temps sur les points où l’infanterie en a particulièrement besoin ; il faut alors utiliser toute la rapidité de tir dont le matériel moderne est capable. Au feu du défenseur, l’assaillant doit répondre par un feu supérieur ; dans ces conditions, l’infanterie pourra avancer aussi bien qu’autrefois. Les progrès de l’armement servent surtout à celui qui sait le mieux les employer. L’assaillant le peut au moins aussi bien que le défenseur, car il a la faculté de déployer soudainement ce puissant moyen, là où il veut obtenir la supériorité du feu.

Le résultat de ce long combat préparatoire est le suivant : sur toute la ligne, l’infanterie s’est rapprochée de l’ennemi ; les deux lignes sont moralement et matériellement usées ; il se produit un état général de faiblesse, aucun des adversaires n’est plus capable d’un effort sérieux. Alors quel effet moral, quand soudain apparaît une puissante réserve de troupes fraîches, appuyées de nombreuses batteries surgissant à l’improviste, quand les baïonnettes au bout des fusils et 1a profondeur des formations indiquent la volonté bien arrêtée de marcher à l’assaut ! A la manœuvre, sans doute, cela passe pour de la folie, puisque l’élément moral n’intervient pas.

Cette « masse » doit être formée en profondeur pour produire une poussée ininterrompue d’arrière en avant ; les différents échelons, au fur et à mesure qu’ils arrivent sur la ligne de feu, doivent l’entraîner en avant et non pas seulement la renforcer. Ces échelons, de vraies vagues humaines, se succèdent à une distance de deux cents à quatre cents mètres. Chaque homme ne doit avoir qu’une pensée : pousser en avant ce qu’il rencontre devant lui. Des lignes de tirailleurs qui n’ont rien derrière elles ne sont pas capables d’un effort énergique. Les masses exercent une puissante action morale, réconfortante pour les troupes amies, déprimante pour l’ennemi. Naturellement, celui qui tire ses conceptions tactiques exclusivement de résultats de champs de tir ne comprend rien à cela : dans les manœuvres, les impressions morales ne peu pas pas se figurer.

Dans la deuxième partie, le général Langlois confirme ces doctrines par des exemples empruntés à la guerre sud-afri-