Page:Revue de Paris, 1ere année, Tome 3, Mai-Juin 1894.djvu/853

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la revue de paris

le fabricant est chef d’écurie ; il a ses couleurs, ses jockeys, ses entraîneurs et la foule parie béatement tout autour.

Le sport ne peut, non seulement produire ses bons effets moraux, mais même subsister, que fondé sur le désintéressement, la loyauté et les sentiments chevaleresques. L’amateur antique luttait pour un simple rameau d’olivier sauvage et la loi excluait du concours les indignes, tous ceux dans la vie desquels il existait une tare quelconque. Nous ne sommes plus exposés à voir la passion du sang transformer l’arène et les bestialités du cirque remplacer les nobles spectacles du stade, mais il reste l’argent, le grand corrupteur, l’éternel ennemi !

On peut en avoir raison. L’escrime est là pour attester qu’il n’est pas impossible d’atteindre l’idéal sportif d’une manière presque absolue ; un escrimeur, le plus souvent, ne reçoit même pas une médaille comme gage de sa victoire : on dirait que le coup de bouton qui termine l’assaut porte en soi la plus haute récompense qui puisse lui être décernée, la seule que puisse accepter la main qui tient l’épée.

Il est donc rationnel que l’on ait fait du prix en espèces le pivot de l’amateurisme moderne. Mais la définition de « l’amateur » est telle aujourd’hui qu’elle peut exclure de bons amateurs et, en certains cas, ouvrir la porte à plus d’un professionnel déguisé. Elle déclasse, non seulement ceux qui concourent pour les prix en espèces, mais aussi ceux qui se sont mesurés, soit avec des professionnels, soit avec des amateurs précédemment déclassés. Il y a là, sans doute, une exagération dont on reviendra. Il paraît difficile aussi que la même définition convienne à tous les sports ; le gentleman rider, le tireur aux pigeons, le propriétaire d’un yacht sont-ils donc des professionnels parce qu’ils touchent des prix en espèces dont le total ne saurait compenser leurs débours ?

La valeur énorme des objets d’art donnés en prix par certaines municipalités américaines a fait naître une autre question : quelles mesures prendre contre celui qui revend l’objet d’art gagné par lui ? La plupart du temps, d’ailleurs, ne sera-t-il pas impossible de le prendre sur le fait ? C’est encore en Amérique que la question du gate money a le plus d’importance : à New-York, le 30 novembre, lors du match cité plus haut, les recettes atteignaient, m’a-t-on dit, cent mille francs.