Page:Revue de Paris, 1ere année, Tome 3, Mai-Juin 1894.djvu/854

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le rétablissement des jeux olympiques

Que faire de tout cet argent ? Doit-il servir d’indemnité de déplacement et peut-on le partager entre les équipiers ?

Celui qui met en pratique de la manière la plus stricte et la plus étroite à la fois la définition de l’amateur, est le rowingman anglais. L’Amateur Rowing Association pèche, il est permis de le dire, par un aristocratisme un peu exalté. C’est à coup sûr une aberration que de refuser à un ouvrier la qualité d’amateur et d’assimiler le travail manuel à un acte de professionnalisme. La discordance est aiguë entre cette législation vétuste et notre siècle démocratique. Les Anglais qui émigrent en Australie ou au Cap s’en aperçoivent aussitôt ; mais ceux qui restent at home n’ont pas su encore se soustraire au préjugé. Les régates de Henley, ce merveilleux carnaval aquatique dont rien ne peut donner l’idée à ceux qui ne l’ont pas vécu, n’en seront, quoiqu’on pense, ni moins brillantes ni moins aristocratiques d’allures, le jour où la définition britannique aura été modifiée à cet égard. L’Amateur Athletic Association est en général bien obéie et bien dirigée ; quant à la National Cyclist Union qui régente, chez nos voisins, le sport vélocipédique, elle est aux prises avec les plus inextricables difficultés ; elle donne et retire ses licences aussi consciencieusement que possible, sans arriver à contenter ni les amateurs ni les professionnels. Les universités d’Oxford et de Cambridge exercent sur le sport anglais une action considérable, quoique souvent dissimulée. Cette action s’étend même aux colonies, où se sont fondées, sur le modèle des fédérations et des clubs de la mère-patrie, nombre de Sociétés déjà riches et puissantes. Paris se souvient d’avoir applaudi au Racing-Club, en 1892, les champions de la New Zealand A. A. A. qui s’en retournaient dans leur pays après avoir moissonné pas mal de lauriers sur les rives de la Tamise.

L’Angleterre, en résumé, semble satisfaite du régime sous lequel elle vit ; elle peut se suffire à elle-même et en a conscience ; néanmoins ce qui se passe à l’étranger l’intéresse ; les équipes continentales sont toujours les bienvenues chez elle, et, malgré une petite pointe de dédain pour ce qui prend naissance au dehors, elle ne se refusera jamais à discuter loyalement des questions de sport.