Page:Revue de Paris, 33è année, Tome 3, Mai-Juin 1926.djvu/21

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et qui l’aiment. Pourtant, son sentiment pour Everard (Michel de Bourges, son avocat) lui déchire le cœur. Le journal intitulé : « Les entretiens journaliers avec le très docte et très habile docteur Pifïoël, professeur de botanique et de psychoogie 1 » exprime l’état d’âme de cette femme géniale à cette date. Depuis le mois de mai 1837 et pendant tout l’été suivant, George Sand habite à Nohant où elle reçoit plusieurs amis. Entre autres Liszt et madame d’Agoult. Mais, entre temps, George part précipi- ■ tamment pour aller soigner à Paris sa mère mourante. Aussitôt après, elle va se reposer quelques jours à Fontainebleau avec son fils Maurice, alors âgé de quatorze ans ; puis elle court à Guillery, où son mari, Casimir Dudevant, avait conduit leur fille Solange, qu’il avait enlevée en l’absence de George Sand. Des procès de famille s’ensuivent, mais dans l’hiver 1837-1838, George Sand revient à Nohant où elle se consacre à ses enfants.

AURORE SAND


PRÉFACE

Oui, mon cher et gracieux docteur, faire un journal, c’est renoncer à l’avenir. C’est vivre dans le présent, c’est avouer à l’implacable, qu’on n’attend plus rien de lui, qu’on s’accommode de chaque jour et qu’il n’y a plus de relation entre ce jour-là et les autres. C’est boire son océan goutte à goutte, par crainte de le traverser à la nage. C’est compter les feuilles de l’arbre dont le tronc ne reverdira plus.

On ne fait un journal que quand les passions sont éteintes, ou qu’elles sont arrivées à l’état de pétrification qui permet de les explorer comme des montagnes d’où l’avalanche ne se détachera plus. Ce travail constate un état de solidité effrayante et que je ne souhaite à personne, sinon à ceux qui étaient en pleine éruption et qui n’auraient pu rien garder de leurs feux s’ils ne s’étaient arrêtés tout d’un coup au milieu de leurs vomissements.

1er juin.

Réveil lourd. Piffoël a dormi dans une pâle atmosphère où nageaient d’insaisissables voluptés. Le temps n’est ni