Page:Revue de Paris, Tome 33-34, 1836.djvu/83

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ALFIERI.

Trois hommes dont le génie devait hâter la chute d’une société vieillie apparurent vers 1749 : l’un en Italie, c’était Alfieri ; l’autre en France , c’était Mirabeau ; le troisième dans la rêveuse Allemagne, c’était Goethe. Chacun de ces hommes, selon la conviction effrayante de notre ère , accomplit sa mission providentielle et mourut en son temps. Est-ce bien providentielle qu’il faut dire ? L’homme ne peut-il choisir la voie où il veut marcher ? Ses passions bornées relèvent-elles de la pensée éternelle ?

Quand il croit céder à son propre entraînement, quand il se fait 

grand de volonté, ne subit-il qu’une loi indomptable ?.... Herder a-t-il dit vrai ?

Cette haute question qui renferme le mystère des destinées de tous, Alfieri ne la fit pas. Jamais sa voix ne demanda compte des tristesses de son ame ; pourtant il pleura souvent. 11 ne cria pas au Seigneur : La poussière vous louera-t-elle ? annoncera-t-elle votre vérité ? Emu des détresses de ce monde où il faisait son douloureux pèlerinage , il oublia le monde inconnu. Toutes ses révoltes et ses espérances" n’eurent pour objet que de ravir l’homme à la dépendance de l’homme. Que faut-il à l’Italie ? Quel don manque à sa beauté ? Elle ne peut rêver un soleil plus pur, des horizons d’une magie plus suave. Sur cette terre où fleurit l’oranger, qu’un souffle élyséen féconde et embellit, la vie est bien souvent un souvenir du ciel. Caressé par de chaudes et odorantes émanations, bercé par toutes les mélodies, inondé de lumière, l’homme n’y connaît guère les sévères contemplations ; rarement le soupir inquiet de l’infini tourmente TOME XXXIII. SEPTEMBRE, 6