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24 HETOE DE MÉTAPHYSIQUE ET DE MORALK.

II. LA MÉTHODE SCIENTIFIQUE

Quand on passe du domaine physico-chimique dans le domaine des sciences biologiques, on ne peut plus espérer la même précision dans les détails, et c’est là surtout que la méthode doit être rigoureuse, car la conclusion exacte risquera de fuir sous les aspects multiples d’une expérience, si celIe-ci n’a pas été renfermée dans un cercle si étroit que le savant n’en puisse tirer qu’un oui ou un non. La grande question, qui domine l’oeuvre de Pasteur c’est celle des générations spontanées. Car elle synthétise ses études sur les ferments et domine toute la période des applications. M. Biot, qui avait montré le danger à Pasteur le jour où il se jetait dans les fermentations, le dissuada plus vivement encore quand il s’agit de ce redoutable problème où les travaux les plus récents et les plus consciencieux n’avaient apporté qu’obscurités. « Vous n’en sortirez pas, lui disait-il, vous perdrez votre temps. » Cherchons à voir comment Pasteur en sortit ; nous choisissons cette étude de préférence à une autre parce qu’elle offre un modèle de méthode dans une question des plus ardues et surtout à cause de la portée philosophique et pratique du sujet qu’elle embrasse.

La portée philosophique n’appelle pas de démonstration ; la portée pratique, c’était pour Pasteur lui-même toute cette série de découvertes qui allaient révolutionner la médecine. « II est au pouvoir de l’homme de faire disparaître de la surface du globe les maladies parasitaires si, comme c’est ma conviction, la doctrine de la génération spontanée est une chimère. » On a vu plus haut comment Pasteur entra dans la lutte par la critique d’une expérience de Pouchet.

Poucbet prend un flacon plein d’eau bouillante et hermétiquement bouché. II le renverse sur le mercure, débouche quand l’eau est refroidie et introduit à l’intérieur une certaine quantité d’oxygène pur. Des brins de foin formant un paquet de quelques grammes ont été préalablement chauffés longtemps à -100° dans un flacon à l’émeri.

Le paquet de foin est introduit avec précaution dans le flacon. En procédant ainsi, Pouchet voit. apparaître des moisissures dans son liquide. D’où viennent ces moisissures ? Elles ne viennent pas des germes de l’eau, puisqu’elle a été portée à une température élevée