Page:Revue de métaphysique et de morale, 1896.djvu/42

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


40 REVUE DE MÉTAPHYSIQUE ET DE MORALE.

car penser à quelqu’un ce n’est penser ni une image, ni un nom. D’autres événements plus obscurs se déroulent, souvent tout à fait ensevelis dans les profondeurs de l’inconscient, qui constituent les éléments générateurs et les facteurs indispensables de la notion, et où l’analyse découvre une multitude de rapports et d’associations établis auparavant, à l’occasion de la perception de la personne désignée et, en même temps, d’une quantité d’autres individus, tantôt réellement perçus et reconnus comme existants, tantôt imaginés et conçus comme possibles.

Telle parait être la nature psychologique d’une idée singulière, de l’idée de M. X., par exemple. L’objet y est centre de rapports et soutien d’associations coordonnées et organisées, rapports et associations institués en vertu des modes variés de l’activité du sujet pensant. Il est malaisé -de traduire le phénomène en langage de représentations, car il y échappe par sa constitution même, appartenant à une classe de faits d’où la contemplation désintéressée de la conscience est presque toujours exclue. Néanmoins, il est permis d’espérer que la psychologie expérimentale apportera des ’éclaircissements sur, ce sujet. Récemment, M. Binet, dans une enquête touchant la mémoire visuelle’, a découvert chez les joueurs d’échecs qui jouent « sans voir » une manière de se représenter les pièces de l’échiquier beaucoup plus voisine des opérations intellectuelles que de la représentation sensible. Ce sont des schèmes abstraits et non simplement des images étendues et colorées que les joueurs disposent et font mouvoir sur l’échiquier imaginaire où ils jouent. Ils pensent les rapports qui définissent les propriétés géométriques et dynamiques de chaque pièce plutôt qu’ils n’en voient les qualités physiques. Ces dernières images sont l’accessoire, et le principal est cette conscience spéciale de rapports qui se rapproche davantage des sentiments de mouvement et qui vise surtout l’action. Observation précieuse et pleine d’enseignements pour le cas qui nous occupe. Le joueur d’échecs, dans son jeu, le causeur, dans sa conversation, se servent mentalement, l’un d’une pièce idéale et schématique, l’autre d’un personnage idéal et schématique. Ce sont là des instruments, des organes, dont le rôle est surtout pratique et dynamique, comme celui des concepts dans les plus hautes spéculations, voire les plus désintéressées et les plus inutiles en appa’•̃ t. Psychologie des grands calculateurs et joueurs d’échecs. ̃̃