Page:Revue de métaphysique et de morale, supplément 4, 1909.djvu/6

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fonction qu’on pourrait appeler sociale de l’alimentation. La pathologie nous montre la dissociation de ces différentes parties de la fonction. C’est sur la partie supérieure de la fonction, sur son adaptation aux circonstances présentes que portent les névroses. On comprend dès lors comment on pourra rapprocher de l’anémie hystérique, par exemple, de l’oubli de certaines idées, l’oubli de certains actes ou d’une de ces séries d’actes, qui constituent précisément des fonctions. C’est que la fonction est, comme l’idée, un système d’images associées étroitement les unes avec les autres de façon à pouvoir s’évoquer l’une l’autre.

La seule différence entre la fonction et l’idée, c’est que celle-là est un système d’une part beaucoup plus complexe et d’autre part beaucoup plus ancien que celle-ci. On aperçoit par ce rapide exposé combien la psychologie de M. Janet est différente par sa méthode de la psychologie traditionnelle dont elle remanie complètement les anciennes classifications. — Il faut d’ailleurs bien marquer — et c’est là un point essentiel — combien on fausse ces théories en les exposant ainsi abstraitement, séparées des nombreux faits d’observations qui les justifient et qui les expliquent, et signaler qu’elles ne sont nulle part présentées par leur auteur comme représentant ou comme atteignant le fond des choses, mais comme de simples idées directrices, servant à grouper les faits, ou même comme des procédés mnémotechniques, servant à les retenir. Modestie ? Sans doute ; question de méthode aussi. « Hypothèses non fingo », dirait volontiers l’auteur. Ajoutons que dans ce livre clair, bien conçu, bien ordonné, les lectures et les auditeurs de M. Janet retrouveront cette belle lucidité d’esprit, ce talent d’exposer et d’analyser une multitude de faits et d’observations, sans perdre un seul instant la maîtrise de sa pensée, qui rendent l’étude de ses ouvrages si facile et si agréable.

Mental fatigue, par A. R. Abelson ; 1 vol. in-8 de 147 p., Leipzig, Engelmann. — L’originalité de cette thèse anglaise présentée à la faculté des lettres de Rennes, et publiée à Leipzig, c’est que l’auteur a appliqué sa méthode — la méthode bien connue de l’esthésiomètre — à des sujets de nationalité différente, des Anglais et des Français. Il a pu ainsi comparer, du point de vue expérimental où il se place, les deux systèmes d’éducation. De ses recherches, il conclut que les enfants français présentent plus de nervosité que les anglais : c’est-à-dire I que chez eux la courbe de la fatigue, au lieu de monter lentement et d’une façon continue, s’élève d’une façon beaucoup plus brusque, et qu’elle est soumise à des oscillations répétées. Les expériences mettent également en lumière certains faits très importants au point de vue pédagogique : par exemple que chez nous, le repos de midi n’est pas suffisant pour effacer les traces de la fatigue du matin ; les effets de la récréation ne sont pas toujours les mêmes : quand la fatigue est très grande, l’effet reposant de la récréation est aussi très grand. M. Abelson trouve que d’une manière générale, l’effort exigé des écoliers français est beaucoup trop grand. Et il conclut par de sages prescriptions d’hygiène.

Les principes philosophiques de l’histoire du droit, par, P. de Tourtoulon (tome 1) ; 1 vol. in-8 de x-338 pp., Lausanne, Payot, et Paris, Alcan. — L’auteur revendique l’originalité d’une méthode sui generis pour l’historien-juriste. Celui-ci doit dominer les matériaux et les théories que lui fournissent les diverses sciences qui ont pour objet la pensée humaine et la société. Cette sorte de mise au point doit résulter d’une analyse plus approfondie, conduite du point de vue historique, en se méfiant des généralisations systématiques. C’est avec cette méthode que l’auteur aborde les divers problèmes de la philosophie du droit : rôle du finalisme, du causalisme, du déterminisme dans le droit ; théorie des races et théorie de la sélection ; part qui revient à l’individuel et au social dans les créations juridiques ; rôle du sentiment. Un deuxième volume est annoncé, devant terminer la partie philosophique de l’ouvrage et traiter de questions de méthode et d’application pratique. — Sur la plupart des points traités, la position de l’auteur apparaît avec une netteté suffisante, mais la méthode de discussion qu’il emploie, si elle permet par endroits quelques réflexions judicieuses (voyez notamment les chapitres consacrés à la sélection et à la psychologie sociale), ne paraît pas pouvoir dépasser le domaine des convictions personnelles et de la vraisemblance. Aucune conclusion bien saillante ne s’en dégage ; cela seul pourtant eût pu excuser l’auteur de la rapidité de son information et de sa méthode, ainsi que de la généralité des références bibliographiques, qui font de son livre, semble-t-il, un instrument possible de suggestions intéressantes plutôt qu’un instrument nécessaire de travail méthodique.

Esquisses de morale et de sociologie, par Eugène Leroy ; 1 vol. in-12 de