Page:Revue de métaphysique et de morale, supplément 4, 1913.djvu/3

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


sur les idées de M. Edouard Le Roy, par Samuel Gagnebin. 1 vol. in-8, de 242 p., Saint-Blaise, Foyer solidariste, 1912. — Il est sans doute assez inutile d’analyser l’exposition que nous donne M. Gagnebin de la philosophie de M. Le Roy. Disons tout de suite que par la simplicité qu’elle introduit dans cette philosophie un peu touffue, par les phases qu’elle y marque, par le rapprochement judicieux des textes dispersés et des articles déjà nombreux,








par la décomposition et le classement méthodique des idées, elle peut rendre d’appréciables services à qui voudra étudier la philosophie de l’intuition. Mais ce sera à la condition que, tout en se laissant guider par il. Gagnebin, on se reporte aux textes originaux. Car en sa brièveté élégante, en sa façon d’indiquer les idées plutôt que de les définir, il. Gagnebin n’éclaircit pas toujours autant qu’on le souhaiterait cette philosophie obscure et mouvante; ou même il lui enlève, en la décomposant, la plus grande part de cette vertu de suggestion qui en est, selon nous, le principal mérite et qui tient à la force communicative d’une pensée extrêmement vivante et sincère. –Seule la critique dont cette exposition s’accompagne appelle ici quelques remarques. Elle porte sur les trois points essentiels auxquels M. Gagnebin ramène les idées de son auteur. M. Le lloy emprunte d’abord à M. Bergson cette idée qu’une intuition est possible qui nous donne le réel déformé par le sens commun. Il développe cette première thèse en montrant que la science continue rouvre de dénaturation commencée parle sens commun. et construit, pour rendre le réel plus maniable, un symbolisme dont les procédés sont arbitrairement choisis pour le savant. Mais la mise en lumière de ce travail de déformation –discernement qui est le premier objet de

la philosophie, peut nous aider à reprendre contact avec le réel primitif et a entrevoir comment, à partir de l’intuition première, l’esprit se constitue progressivement en s’opposant une matière

t’t en se forgeant les instruments dialectiques par lesquels il l’organisera. C’est cette étude de la vie de l’esprit qui est, après la critique de la science et du sens commun, la vraie tàche de la philosophie. C’est pourquoi M. Gagnebin examine tour tour si une intuition est possible, si le symbolisme de la science est arbitraire, si l’esprit enfin se produit librement, posant son propre objet et se faisant sa vérité. Cette critique est faite au nom et du point de vue d’un relativisme d’origine kantienne qui se délinit par ces deux thèses existence d’un objet qui s’oppose à l’esprit et le limite; inaccessibilité de cet objet. C’est pourquoi les deux parties les plus personnelles de cette critique sont celles où il. Gagnebin conteste ta possibilité d’une intuition, contre le néodogmatisme de il. Bergson. et celle où

s’affirme la nécessité d’un objet, contre l’idéalisme de M. Le Roy.

Touchant le premier point, il. Gagnebin essaie de définir les conditions auxquelles une perception pure, une intuition du réel serait possible. Il lui parait – autant que nous pouvons préciser une pensée qui procède un peu trop par indications, que, devant être l’identité de la connaissance et de son objet. cette perception pure devrait être donnée comme une diversité indissolublement une, ne comportant aucune distinction de parties, ce qui supposerait une intervention dissociante, ne s’opposant à rien d’autre, ce qui supposerait une activité de perception extérieure aux choses distinguées, n’admettant non plus aucune diversité d’aspects, ce qui supposerait des points de vue pris du dehors, etc. Or, si l’on examine en ce sens la durée pure, qui serait l’objet de l’intuition bergsonienne, on remarquera que, loin d’être donnée tout entière à chaque instant, bien qu’à chaque moment tout notre passé pénètre en le vivifiant notre présent, les synthèses dans lesquelles nous nous aflirmons ne sont jamais que partielles, et que le choix de la matière mentale qu’elles concentrent dépend du but que nous poursuivons, de notre tàche du moment. Ce à quoi nous avons affaire dans la perception de notre écoulement, de la durée vécue, c’est donr à quelque chose de déjà décomposé et de constant, à quelque chose d’intellectualisé, non à une donnée pure. Il n’existe pour nous finalement, même dans la perception la plus intime de nous-mêmes,

que des faits qualifiés, déterminés, définis, tels que M. Le Roy conçoit les faits scientifiques. Mais.’si cela seul existe pour nous, il y a quelque chose au delà, qui est en soi, et c’est là l’autre thèse du relativisme. La philosophie nouvelle admet que l’expérience ne peut nous fournir une connaissance absolue. Il y a de l’imprécision et de l’arbitraire en toute connaissance scientifique dans un autre ordre, nous ne

pouvons avoir de l’esprit et de Dieu qu’une connaissance imparfaite n’est-ce pas admettre que le connaitre et l’être ne sont pas équivalents? D’autre part, notre connaissance est conditionnée; nous ne construisons pas l’expérience comme nous voulons. Si les formes que nous donnons