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VOYAGE AU JAPON.

m’admit en sa présence. J’étais conduit d’une pièce à l’autre par des officiers différens qui me quittaient à la porte, après m’avoir remis à d’autres, d’où je conclus qu’ainsi qu’en Europe, l’étiquette de la cour du Japon établissait une différence dans le droit d’entrer dans tel ou tel salon. Le prince me reçut dans une vaste salle, au milieu de laquelle s’élevait une estrade de deux degrés, où il était assis à terre sur un superbe tapis de velours cramoisi, brodé en or. Il portait un surtout vert et jaune posé sur deux de ces vêtemens qui s’appellent quimones, et par dessus un ceinturon auquel étaient attachées sa dague et son épée ou catana. Ses cheveux étaient tressés avec des rubans de diverses couleurs sans autre chose sur la tête. C’est un homme de trente-cinq ans, brun, d’une figure agréable et d’une bonne stature. Les deux secrétaires du prince ordonnèrent à ceux qui m’accompagnaient de s’arrêter, et je m’avançai seul jusqu’à une espèce de siége presqu’aussi bas que le plancher, à la gauche et à quatre pas de celui où était le prince. Il m’ordonna de me couvrir, et il me fit dire en souriant, par ses interprètes, que le plaisir qu’il avait à me voir et à faire connaissance avec moi était altéré parce qu’il lui semblait que j’étais triste et mélancolique à cause du malheur qui m’était arrivé ; mais que les hommes de cœur ne devaient pas s’attrister des événemens fâcheux qui n’étaient point arrivés par leur faute, que je prisse courage, et que j’étais dans son royaume, où il m’accorderait toutes les