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LITTÉRATURE.

la proclamation du général ; et imposant silence à nos derniers baisers, il se mit à lire solennellement de la proclamation militaire tous les passages qui pouvaient nous concerner.


Soldats,

« Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent les femmes différemment que nous ; mais dans tous les pays celui qui outrage une femme est un monstre.

Art. ier. Tout individu de l’armée qui aura outragé une femme, sera fusillé. »

Signé, Bonaparte, membre de l’Institut national.

— Après cela, Messieurs, sortez d’ici, si vous pouvez, vous savez ce qui vous attend.

Disant cela, Albert embrassait tendrement une grosse Géorgienne aux yeux noirs.

Rufo, qui était Corse et fanfaron : — Bah ! dit-il, le général est mon cousin, et il ne voudra pas nous chagriner pour si peu.

Tous les Corses voulaient être déjà les cousins de Bonaparte, tant c’était déjà un grand homme que Bonaparte !

Eugène, qui était des bords du Rhône, quand le Rhône est au midi, Eugène qui avait été élève de procureur sous sa mère, car dans ce temps-là les gens de loi étaient rares, se mit à rassurer Philippe qui tremblait de tous ses membres.

— Lis cette loi avec soin, Philippe, interprète-la, ne t’attache pas à la lettre, et tu n’auras pas peur.

« Sera fusillé celui qui aura outragé une femme. » Or, nous n’avons outragé personne ici, mesdames. Et alors Albert jetait sur elles ses yeux bleus, et les pauvres femmes avec leur regard humide, avaient l’air de répondre : Vous ne nous avez pas outragées, M. Albert, ni vous non plus, M. Rufo, ni vous non plus, M. Philippe, ni vous non plus,