Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 5.djvu/27

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proclamée, pour prendre l’incognito dans l’histoire et les affaires d’ici-bas ; et ce travail pour se rapetisser ne se fait pas sans gêne Tout ce que la France a souffert sous la restauration pour ses franchises intérieures, la France le souffre aujourd’hui dans l’idée de la civilisation ; et nous portons le deuil des peuples qui meurent au loin pour notre indépendance, comme nous avons porté le deuil des hommes qui défendaient sous nos yeux le seuil de nos libertés privées. Soit bonheur, soit malheur, la France depuis deux siècles a mis sa destinée à se faire l’organe dominant de la civilisation. Ce n’est pas pour elle un luxe, une chimère, un superflu dans la richesse. Encore une fois, c’est l’idée qu’elle représente, et pour laquelle elle est. C’est la pensée qui rallie ses parties, qui tient son territoire uni, qui sert d’attraction naturelle aux provinces conquises. A mesure qu’aujourd’hui cette pensée s’en détache, le dépérissement commence ; il faut la garder ou périr.

Car toujours la forme dominante dans les institutions privées de chaque été a été reproduite en grand dans la forme et la constitution générale de l’Europe. Tant que la législation féodale à partagé le sol de chaque peuple, l’Europe elle-même, dans le rapport de ses états entre eux, a présenté l’aspect d’un vaste fief. La France, l’Angleterre, l’Espagne, et même l’empire germanique, furent autant de grandes baronnies qui relevaient du pape, comme de leur seigneur suzerain. Après la chute de l’aristocratie, quand la monarchie resta partout maîtresse, que devint la forme générale de la constitution de l’Europe ? La France s’éleva sous Louis XIV à une condition qui ressemblait à une royauté sur le continent. Cette royauté fut acceptée par le dix-huitième siècle, et décidément constituée par la révolution. Pendant ces trois époques, la France a porté héréditairement la couronne du monde occidental. Et maintenant aussi, que l’on pousse la France à se retirer comme une dynastie qui a achevé son temps, ce nivellement de toutes les puissances, cette grande image de démocratie dans la constitution de l’Europe, ne cachent-ils pas en eux un changement analogue dans la forme des institutions privées de chaque état, et