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RÉVOLUTIONS
DE
LA QUINZAINE


14 janvier 1832.


La Russie, la Prusse et l’Autriche demandent du temps pour adhérer aux protocoles du Foreign Office. En attendant leur adhésion, on a dansé aux Tuileries. La cour avait envoyé trois mille invitations. On ne comptait pas moins de huit cents femmes, des femmes d’agens-de-change et de banquiers pour la plupart, et, sans la précipitation qui avait présidé à l’ordonnance de la fête, si on eût laissé à madame la marquise de Dolomieu le temps nécessaire pour les présentations, le bal eût été encore beaucoup plus nombreux, et peut-être eût-on trouvé moyen de faire quelques recrues au faubourg Saint-Germain ; car aujourd’hui vraiment la bouderie de la vieille cour n’a plus ni sens si portée. Et que peut-elle vouloir davantage ? M. De Broglie n’a-t-il pas récemment déclaré à la tribune que le roi déchu ne devait pas prendre le titre d’ex-roi, mais bien s’appeler encore dans tous les actes publics le roi Charles X ; que les Bourbons étaient exclus et non pas bannis ? Le discours de M. De Broglie doit rassurer les consciences timorées, et guérir le frisson qui gagnait déjà toutes les jeunes épaules des jolies comtesses habituées aux plaisirs du bal et de la flatterie. Quant à moi, je les tiens pour folles, si, en terminant la lecture de la séance, elles n’ont pas commandé trois toilettes et deux paires de bracelets. N’ont-elles pas d’ailleurs pour une troisième restauration les mêmes et graves excuses qui ont justifié le ralliement à l’empire ?