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REVUE. — CHRONIQUE.

presque à demi-voix le plafond que nous n’aurons pas, et que dix voix peut-être auraient suffi pour nous donner ; quand on entend M. Dumeylet citer comme une autorité irrécusable le témoignage et l’approbation de M. Kératry, qui se croit l’égal de Winkelmann et d’Agincourt, parce qu’il a publié deux cents pages sur le Beau, qu’il a traduit un volume de Kant sur le même sujet, et qu’il a feuilleté la nomenclature chronologique des peintres, on ne sait que choisir de l’indignation ou de la pitié.

Dans cette mémorable et ignominieuse discussion M. d’Argout a eu le bonheur de soutenir le parti de la raison et du bon sens. Mais le bon sens ne suffit pas en pareille circonstance. Il fallait user d’adresse et de persuasion. Puisque la chambre en est encore à comprendre qu’un plafond égal et supérieur peut-être à celui d’Homère ne messierait pas à un monument pour lequel elle a déjà voté quelques millions ; puisqu’elle est assez bourgeoise et assez inconséquente pour regretter quelques milles francs quand il s’agit de décorer la salle de ses délibérations, après avoir permis imprudemment que M. Joly construisit à grands frais des colonnes corinthiennes et ménageât aux sculpteurs de la France la place nécessaire pour plusieurs douzaines de figures allégoriques, à la place du ministre, j’aurais autrement compris les intérêts de la France ; je n’aurais pas cru nécessaire de consulter les députés des départemens pour une affaire où ils n’entendent rien. Puisque l’architecte n’avait pas le droit de demander des caissons à M. Fragonard, j’aurais fait effacer ce qui était commencé, et j’aurais prié M. Ingres de commencer un plafond. Bien que le budget ne se vote pas absolument par chapitres, cependant les spécifications ne sont pas tellement précises qu’on n’eût trouvé facilement le prix d’un pareil travail sans avoir à lutter contre l’économie législative.

Tant que la loi électorale n’amènera à la tribune que les censitaires, tant que les gens spéciaux ne pourront élever la voix qu’à la condition de payer à l’état un impôt déterminé, il ne faut pas espérer que les délibérations sur de telles matières soient jamais intelligibles, ou seulement écoutables. Les députés que les