Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 7.djvu/649

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— Non, c’est vous qui êtes un jardin tout entier. Voilà du fruit nouveau que nous apporte la Flor do Brazil.

— Oui, tous vrais Benguelas de première qualité ; si le cœur vous en dit, examinez, je suis à vous tout-à-l’heure.

Mon compagnon s’avança au milieu des groupes pressés d’esclaves qui remplissaient la salle immense où nous étions. Tous gardaient le silence : les blancs seuls avaient le droit d’élever la voix dans cette enceinte. À mesure que nous passions lentement, Joâo Manoel examinait sans mot dire les nègres qui le frappaient le plus. À l’un il soulevait négligemment la lèvre supérieure pour voir ses dents ; à l’autre il entr’ouvrait un œil avec ses doigts, ou lui frappait la poitrine, puis souriait satisfait ou secouait la tête d’un air douteux, suivant le son qu’elle rendait. Il les faisait tousser, cracher, se lever, se baisser, étendre et fléchir leurs membres dans mille positions différentes. En vérité, c’était un habile homme ! Il y avait plaisir et instruction à le voir faire. Je le vis recueillir du bout du doigt, avec un sang-froid admirable, une goutte de sueur qui s’en allait tombant du corps d’un nègre, et la déguster avec réflexion comme vous feriez d’une larme parfumée de Constance. — Bon ! se dit-il à lui-même. — Autant en faisaient tous ceux qui étaient là.

N’allez pas vous imaginer que les esclaves se prêtassent avec répugnance aux exercices gymnastiques dont je viens de vous parler. Excepté quelques songe-creux dont la cervelle avait reçu une triple dose d’esprit africain, nègres enracinés, inaptes à la civilisation, tous comprenaient clairement que ce qui se passait là était pour leur plus grand bien ; et puis vous conviendrez que lorsqu’on est resté un mois et demi dans la même position, on n’est pas fâché d’en changer.

Quand nous eûmes fait le tour de la salle : — Jamais plus belle cargaison n’a paru au Valongo, me dit le planteur, mais ce n’est pas tout ; il faut maintenant pénétrer dans cette chambre dont vous voyez la porte fermée. Justement, voici Coutinho qui vient de ce côté.

Sur notre demande, la porte mystérieuse s’ouvrit à demi, et le capitaine la referma après être entré avec nous.