Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 7.djvu/655

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senhor, elles perdent la moitié de leur temps à faire des enfans, et les négrillons ne nous plaisent guère ; ils ne font pas compte.

— Et celle-ci, repris-je, à qui la destinez-vous ?

— Vous êtes trop curieux : celle-ci n’est pour personne.

Le vieux nègre venait de mettre fin à son improvisation ; la chaleur avait étouffé sa voix. Le soleil, dardant d’aplomb ses rayons sur nos têtes, inondait la campagne de lumière ; un seul nuage blanc était immobile dans le ciel et ne projetait aucune ombre sur la terre. Partout un silence universel, interrompu seulement par une troupe de cassiques qui se disputaient à grands cris l’entrée de leurs nids, suspendus aux branches d’un cocotier. Les nègres qui travaillaient dans les plantations, courbés sur la terre brûlante, se redressaient un instant pour nous voir passer, puis reprenaient leurs travaux. Nous étions encore au milieu des habitations des hommes. De toutes parts aux environs de la ville, à une distance considérable, vous chercheriez en vain l’aspect primitif de ces lieux, alors que les premiers blancs y débarquèrent. Des maisons se sont élevées là où l’Indien avait bâti sa cabane ; le sol a été mis à nu ; les montagnes déboisées n’offrent plus qu’à leur sommet les restes des antiques forêts qui les couvraient tout entières. Si vous aimez à contempler les ouvrages de l’homme, restez sous ces allées embaumées, dans ces jardins enchantés. Ce que l’homme a fait est bien, mais plus loin sont les forêts vierges.

Nous arrivâmes à une de ces ventas qu’on rencontre de distance en distance sur les routes du Brésil, cachées d’ordinaire au milieu de massifs de verdure qui les dérobent à la vue, jusqu’à ce qu’on arrive à les toucher. Des manguiers, des orangers, un cocotier ou un bananier solitaire vous annoncent de loin le repos qui vous y attend. Tous, compagnons de l’homme dans ces climats, le suivent dans ses migrations, pour prêter leur ombre à sa demeure, et leurs fruits à ses besoins. Une chambre sombre, qui ne contient que les premières nécessités de la vie, une seconde, plus sombre encore, où dort le maître de la venta, en attendant les passans, telles sont, avec une petite pièce destinée aux voyageurs, et qui ne reçoit le plus souvent le jour que