Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 7.djvu/779

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s’étant enivré, brisa une assiette et devint fort bruyant et singulièrement incommode pour les convives. Trois fois Colocotroni le pria assez rudement de se tenir tranquille, on bien de quitter la table ; mais comme il ne cessait point de crier et de troubler la réunion, le vieux chef saisit un pistolet et le dirigea sur son homme, jurant horriblement qu’il l’allait tuer s’il bougeait davantage. Par bonheur le Grec prit la menace en bonne part et profita de l’avis ; l’affaire en resta donc là. Mais une autre fois, un officier grec se trouvant trop péremptoirement contredit dans une discussion, prit aussi un pistolet à sa ceinture, et, par manière de réfutation, faisant immédiatement feu sur son contradicteur, l’étendit raide mort percé d’une balle dans la poitrine.

À Paris nous avons eu pendant cette quinzaine des concours de chevaux et de peintures.

Nous avons reçu de notre académie de Rome des tableaux et de La sculpture qui n’ont eu guère à lutter ensemble que d’insignifiance et de pauvreté. On se lassera peut-être quelque jour de tant dépenser pour n’avoir ainsi en Italie de pensionnaires que les médiocrités. Assurément ce n’est pas la peine d’envoyer ces messieurs fabriquer si loin les chefs-d’œuvre qu’ils nous expédient.

Après les concours de chevaux, les concours de peintures, viennent les concours de journaux ; chaque jour amène le sien ; chaque chose, chaque individu a sa feuille. Vous voyez que nous ne manquons pas de spécialités : les pères de famille ont leur journal, les mères ont leur journal, les femmes en couches ont leur journal, les petits enfans ont leur journal, les tailleurs ont leur journal ; il n’est pas jusqu’au Vésuve qui n’ait son journal !! Pourtant, dans cette grande création de journaux de toutes formes et de toutes couleurs, il restait une lacune : oui, messieurs, une lacune ; la voirie n’avait pas son journal ! Grâces donc soient rendues à M. Daubanton qui vient de combler cette lacune : son Journal de la petite et grande voirie sera une chose vraiment utile, et qu’on doit encourager.

L’Opéra nous a donné, la semaine dernière, une représentation de Fernand Cortez. C’était une exhumation véritable. Cependant, il faut le dire, tout gâtés que nous sommes, depuis dix ans, par la musique merveilleuse de Rossini, nous n’avons pas entendu sans plaisir cette grave et vigoureuse partition de l’auteur de la Vestale. Madame Damoreau, qui remplissait le rôle d’Amazili, par la chaleur et la suavité de son chant et de son jeu, n’a pas contribué faiblement au succès de cette reprise.

Le Théâtre Français s’est enfin piqué d’honneur et nous a gratifiés d’une espèce de drame qui s’appelle Clotilde.

Ce n’est vraiment pas la faute de mademoiselle Mars si cet ouvrage n’a que médiocrement réussi, car elle y a montré plus d’énergie et de puissance qu’elle n’en avait encore déployé dans aucun de ses rôles