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de localités décorés des noms des héros de ces romans. Ce serait une liste curieuse et assez longue, je crois, que celle des tours, des cavernes, des rochers et des sites remarquables qui portèrent, au moyen-âge, le nom de l’immortel paladin. Il n’y eut pas jusqu’à des portions de mer auxquelles ce nom ne fût donné. Au douzième et au treizième siècle, par exemple, le golfe de Lyon fut appelé la mer de Roland.

Et il ne faut pas croire que ce soit uniquement à dater de l’époque des romans aujourd’hui connus sur le paladin, que l’on trouve des localités remarquables illustrées de son nom. Le fait remonte beaucoup plus haut ; il remonte à des temps où l’on peut être sûr qu’il n’y avait guère sur Roland d’autres poésies que des chants populaires fort simples et fort grossiers. Ainsi, par exemple, dans un acte de donation de l’an 918, il est fait mention d’un lieu nommé la roche de Roland (roca orlanda, en latin barbare), dans le voisinage de Brioude, en Auvergne.

L’imposition de ces noms romanesques à des lieux, à des objets que l’on voulait signaler, est la preuve certaine de l’existence d’une poésie populaire dans laquelle ces noms étaient célébrés. C’était comme une traduction de cette même poésie dans une langue plus solennelle et plus populaire encore que la sienne.

Dans tout ce que je viens de dire de l’influence des Provençaux sur l’invention et la culture de l’épopée carlovingienne, j’ai eu exclusivement en vue la portion de cette épopée qui roule sur les guerres des chrétiens de la Gaule avec les Arabes d’Espagne. Je n’ai point parlé de cette autre partie de la même épopée destinée à célébrer les querelles des monarques carlovingiens avec leurs chefs de province. Je n’ai point dit ce que les Provençaux avaient fait ou pu faire pour celle-là. Mais là-dessus, je n’ai que peu de mots à dire : il ne s’agit, pour moi, que d’appliquer rapidement à ce côté de la question les faits précédemment établis, les observations déjà développées.

Et d’abord, quant au fait général sur lequel roulent les romans épiques de cette seconde classe, c’est dans le midi qu’il se manifeste le plus tôt et avec le plus d’éclat. C’est là que se trouvent les chefs entreprenans qui prennent les premiers les armes contre