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de la Bibliothèque du Roi [1]. L’ouvrage peut avoir de dix à douze mille vers, autant que j’en puis juger par aperçu. Les vers sont de douze, treize ou quatorze syllabes, avec deux accens obligés, l’un sur la sixième, l’autre sur la douzième. Tous ces vers sont groupés eu couplets ou tirades monorimes, terminées chacune par un petit vers de six à sept syllabes, qui, ne rimant point avec ceux de la tirade, s’en distingue doublement par cette absence de rime et cette différence de mesure.

Ce demi-vers, par lequel se termine et tombe, pour ainsi dire, chaque couplet, est d’ordinaire repris et répété au début du couplet suivant, de manière à former de l’un à l’autre une sorte de lien matériel, une transition très-marquée à l’oreille.

Pour vous rendre ce mécanisme plus sensible, je vais citer cinq vers dont les trois premiers sont la fin, la clôture d’une tirade, et les deux autres, le début de la tirade immédiatement subséquente :

Ditz Arnaut de Cumendja gent avem espleitat :
Oimais podem anar, car tant es delhivrat,
Qu’intra sen l’apostolis. ; —
L’apostolls sen intra del palatz en un ort,
Per defenre sa ira, e per penre deport.

Cette forme métrique est, dans toute son exactitude, celle des romans épiques carlovingiens ; et notre historien déclare expressément en avoir eu le modèle dans lui roman sur la prise d’Antioche par les premiers croisés, roman que j’ai cité comme l’un des plus anciens auxquels il soit fait allusion dans les chants lyriques des troubadours.

Notre auteur ne donne jamais à son ouvrage d’autres titres que ceux de Canzo ou de Gesta, qui sont deux des titres consacrés des romans carlovingiens. Conséquemment à cette dénomination caractéristique, qui suppose un ouvrage destiné à être chanté, ou récité en public, notre historien ne dit pas un seul mot d’où l’on puisse conclure qu’il a des lecteurs en vue : c’est toujours à

  1. Man. de la Bibl. du Roi, fond Lavallière, n" 7988.