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pour faire la guerre, marcher de ma personne à l’encontre de nos ennemis, en appelant à moi toute la noblesse du royaume.

— « Sire, répondit le prêtre en s’inclinant, je vous remercie de votre bon vouloir, et prie Dieu qu’aucune volonté étrangère à la vôtre ne le change. Mais, soit pour la paix, soit pour la guerre, il faut vous hâter, sire ; car plusieurs milliers de nos habitans sont déjà morts de faim dans ladite ville, et depuis deux mois nous ne vivons que de chair que Dieu n’a pas faite pour la nourriture humaine [1]. Douze mille pauvres gens, hommes, femmes et enfans, ont été mis hors des murs, et se nourrissent dans les fossés de racines et eau croupie, si bien que lorsqu’une malheureuse mère accouche, il faut que les gens pitoyables tirent les petits nouveau-nés avec des cordes dans des corbeilles, les fassent baptiser et les rendent aux mères, afin que du moins ils meurent en chrétiens. »

Le roi poussa un soupir et se tourna vers le duc de Bourgogne.: — Vous entendez ! lui dit-il en lui jetant un regard d’indicible reproche ; il n’est pas étonnant que moi, le roi, je sois dans un si triste état de corps et d’esprit, quand tant de malheureux, qui croient que leur malheur vient de moi, élèvent vers le trône de Dieu un concert de malédictions à faire reculer l’ange de la miséricorde. Allez, mon père, dit-il en se retournant vers le prêtre, retournez vers la pauvre ville, à laquelle je voudrais pouvoir envoyer mon propre pain ; dites-lui que non pas dans un mois, non pas dans huit jours, non pas demain, mais aujourd’hui, tout à l’heure, des ambassadeurs partiront pour le Pont-de-l’Arche, afin de traiter de la paix, et que moi, le roi, j’irai à Saint-Denis prendre de ma main l’oriflamme pour me préparer à la guerre.

M. le premier président, ajouta-t-il en se tournant vers Philippe de Morvilliers, et successivement vers ceux auxquels il adressait la parole, messire Regnault de Folleville, messire Guillaume de Champ-Divers, messire Thierry-le-Roi, vous partirez ce soir chargés de mes pleins pouvoirs pour traiter de la

  1. Enguerrand de Monstrelet.