Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/564

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<poem> L’ame invisible errait souvent au ciel !

Aujourd’hui donc qu’à la France étonnée Par tant d’efforts la palme enfin gagnée Ne laisse voir qu’un triste et maigre fruit ; Quand le combat recommence à grand bruit ; Toi, sans dégoût, à ton passé fidèle, Sans repentir (car la cause était belle. Elle était sainte, et dut nous enflammer), Toi, désormais, tu sais où te calmer. Au seuil nouveau déposant ta piqûre Et n’abjurant nulle ancienne amitié, Du mal présent que tu prends en pitié Tu vois le terme, et ton espoir s’épure. Guéri des uns, tu comptes plus sur tous. L’humanité chemine au rendez-vous ; Elle n’a plus de chaîne qui la noue ; Tu vas devant, la regardant venir. Si chaque jour entend crier la roue, Une harmonie embrasse l’avenir. Ainsi les ans, Poète, te consolent, Et tes chansons encore une fois volent, Derniers essaims ; non plus du lourd frelon Purgeant leur ruche à force d’aiguillon, Non plus épris du sein pâmé des roses, Des vins chantans dont tu savais les doses, Des trois couleurs du siècle adolescent : L’esprit d’un siècle a ses métempsycoses, Cher Béranger, ta sagesse y consent. Mais les chansons cette fois réunies, Vierges essaims, paisibles colonies, Loin des lambeaux dans la lutte expirant, Cherchent l’air libre et l’espace plus grand, L’orme sacré de la Cité future, Des horizons, que le dieu d’Épicure Eût ignorés et que t’ouvrit le tien. Telles déjà, selon l’oracle ancien. Au fond d’un bois, les divines abeilles, Gage choisi de clémentes merveilles, Symbole heureux des jours renouvelés, Naissaient aux flancs des taureaux immolés,