Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/649

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proches du lieu où nous avions fait halte. Ceux plus éloignés se proposaient Je venir nous voir chez Tapaiarwar, frère de Waninika, où nous devions nous arrêter. Ces Indiens n’offraient rien de particulier dans leur costume, et nous fîmes avec eux quelques échanges d’objets accoutumés. Ils nous quittèrent peu d’heures après leur arrivée.

Quelque temps après leur départ, nous vîmes passer un canot, que nous engageâmes à s’arrêter. Il contenait une famille d’Indiens Emerillons, qui venait du haut de la rivière à plusieurs journées de marche, et qui retournait au Camopi. Tous, hommes, femmes et enfans, étaient couverts de genipa et de rocou appliqués grossièrement, au point qu’ils conservaient à peine l’apparence d’êtres humains. Leurs traits avaient quelque chose de sauvage et de sombre, qu’on ne remarque pas chez les Oyampis, dont la figure est douce en général. Ils n’avaient pour tout bagage que quelques arcs d’un travail imparfait, et un seul hamac d’un tissu si grossier, que nous refusâmes de l’acheter, quoiqu’ils nous pressassent de le faire. Tout en eux indiquait une nation moins avancée que les autres Indiens de l’Oyapock. Nous leur fîmes quelques présens, et les laissâmes continuer leur route.

Le 7, nous quittâmes notre campement pour nous rendre chez Tapaïarwar, dont nous étions encore éloignés de six lieues. La rivière, de plus en plus rétrécie, était encombrée de roches, de sauts, de barrages, qui nous obligeaient à chaque instant de nous mettre à l’eau pour alléger nos canots. Nous franchîmes successivement les sauts de Wiri, Mapara et Mayamou. De ce dernier à l’habitation où nous nous dirigions, l’Oyapock n’est qu’une suite non interrompue de roches qui laissent à peine un passage libre aux embarcations. Nous n’arrivâmes que le soir chez Tapaïarwar. Ses carbets sont situés au centre d’une presqu’île assez considérable, et deux chemins, en sens opposés, conduisent aux bords de la rivière. Nous débarquâmes au premier qui s’offrit à nous, et, après dix minutes de marche, nous arrivâmes au koubouya, où nous trouvâmes Tapaiarwar entouré de sa nombreuse famille, qui se composait de plus de vingt-cinq personnes. Ses fils et ses gendres chassaient et péchaient pour lui ; les femmes soignaient l’abatis.