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envoya des messagers à son frère Gonthramn, pour lui demander aide et conseil. Le rôle que Gonthramn avait joué six ans auparavant dans la pacification des deux rois semblait l’investir à leur égard d’une sorte de magistrature, du droit de sévir contre celui des deux qui violerait sa parole, et enfreindrait le jugement du peuple. Dans cette pensée, conforme d’ailleurs à l’instinct de justice qui était une des faces de son caractère, il prit sur lui le soin de réprimer la tentative hostile du roi Hilperik, et de l’obliger à se soumettre de nouveau aux conditions du traité de partage et à la sentence des Franks. Sans adresser à l’infracteur de la paix jurée ni remontrances, ni sommation préalable, Gonthramn lit marcher contre Chlodowig des troupes conduites par le meilleur de ses généraux, homme d’origine gauloise, qui égalait en intrépidité les plus braves d’entre les Franks, et les surpassait tous en talent militaire [1]. Æonius Mummolus, dont le nom, célèbre alors, reparaîtra plus d’une fois dans ces lettres, venait de vaincre dans plusieurs combats, et de repousser jusqu’au-delà des Alpes la nation des Langobards, qui, maîtresse du nord de l’Italie, tentait de déborder sur la Gaule, et menaçait d’une conquête les provinces voisines du Rhône. Avec la rapidité de mouvement qui lui avait procuré ses victoires, il partit de Châlons-sur-Saône, capitale du royaume de Gonthramn, et se dirigea vers la ville de Tours par la route de Nevers et de Bourges. A son approche, le jeune Chlodowig, qui était revenu à Tours dans l’intention d’y soutenir un siège, prit le parti de battre en retraite, et alla sur la route de Poitiers, à peu de distance de cette ville, occuper une position favorable et y attendre des renforts. Quant aux citoyens de Tours, ils accueillirent pacifiquement le général gallo-romain, qui prit possession de la place au nom du roi Sighebert. Afin de les rendre à l’avenir moins indifférens en politique, Mummolus leur fit prêter, en masse, un serment de fidélité [2]. Aux termes d’une proclamation

  1. Conjunctus rex ipse cum Guntchramno fratre suo, Mummolum eligunt, qui has urbes ad corum dominium revocare deberet. Gregorii Turon. lib. IV, pag. 227.
  2. Qui Turonis veniens, fugato ex inde Chlodovecho, Chilperici filio, exactis à populo ad partem regis Sigiberti sacramentis, Pictavos accessit. Gregorii Turon. lib. IV, pag. 227.