Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/725

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habitudes du cabinet des Tuileries, et la faveur de M. Sébastiani ne fit au contraire que grandir. Elle était parvenue à son plus haut point, quand l’état pitoyable de sa santé le força à quitter, pour quelque temps, la France.

On a beaucoup et long-temps parlé de l’ambassade de M. Sébastiani à Constantinople. Toute sa réputation diplomatique est fondée sur cette mission. Vous avez pu voir, par les faits que j’ai rapportés avec exactitude, que l’éclat de cette mission se réduit à un moment de fermeté, d’autant plus louable en M. Sébastiani, qu’il contraste avec son indolence habituelle. Vous, monsieur, qui connaissez si bien l’histoire de votre diplomatie et de la nôtre, vous avez apprécié cette mission à sa valeur réelle. Vous avez sans doute déjà remarqué que, depuis un siècle et plus, tous les ambassadeurs français à Constantinople, négociateurs distingués en général, mais qui ne vivaient pas à une époque de journaux et de biographies, et qui ont négligé de sonner eux-mêmes la trompette en l’honneur de leurs exploits, ont été contraints de déployer une grande énergie et de montrer une certaine vigueur de caractère. Sous Louis XIV d’abord, et sans remonter plus haut, le marquis de Nointel, ambassadeur du grand roi, faillit se faire massacrer en plein divan, pour avoir pris place de force sur les coussins du premier visir, qui refusait de l’admettre sur son estrade. On le retint prisonnier dans son hôtel, et l’on défendit aux janissaires, sous peine de mort, de le protéger contre l’exaspération du peuple.

Guilleragues, successeur de Nointel dans l’ambassade de Constantinople, eut avec le grand visir Mustapha la même difficulté au sujet du sopha. Louis XIV exigeait hautement cet honneur, et pour l’obtenir, chacun de ses envoyés était forcé de mettre sa tête en jeu. Le même Guilleragues eut besoin de toute sa fermeté, lorsque Duquesne s’avisa d’aller attaquer les vaisseaux de Tripoli jusque dans la rade de l’île de Chio, et bombarda la ville. Guilleragues fut conduit par un chiaoux à l’audience du visir, et menacé de payer de son sang la conduite de l’amiral français. Enfin, après de longues contestations, on lui laissa l’alternative de payer sept cents bourses ou d’aller aux Sept-Tours. On l’enferma provisoirement dans une salle du sérail, et on épuisa tous les moyens de le réduire. La conduite de l’ambassadeur fut admirable, il tint continuellement