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avec sa belle voix, ses larmes et son inspiration, comme la veille elle avait joué Anna de Mozart, comme demain elle jouerait Ophélie ou Juliette.

Dernièrement, tandis que Don Juan était en répétition à l’Opéra, on s’occupait aussi à Vienne du chef-d’œuvre ; le soir même où Mlle Falcon chantait pour la première fois le rôle de Julia, Mme Devrient le reprenait sur le théâtre de Kœnigstadt.

La sympathie musicale est grande entre les deux pays. A Berlin, la musique de Spontini a été reçue avec enthousiasme ; les Allemands ont pour la Vestale une admiration qui date de long-temps, et l’on connaît cette phrase, un peu maniérée, de Jean-Paul : « Qu’on m’exécute à Manheim la Vestale de Spontini, et vous verrez si j’ai sur mon émotion le même empire qu’elle aura sur mon âme. »


— Il paraît que depuis quelque temps M. Jules Janin consacre sa plume à l’intelligence en bavette. Un procès de la sixième chambre correctionnelle nous a fait savoir que M. Janin, poursuivi aujourd’hui comme plagiaire et contrefacteur par les propriétaires de l’Echo Britannique, sert quelquefois à ses admirateurs des morceaux qu’il prend à droite et à gauche, et qu’il signe de son nom. C’est ainsi, du moins, que la chose est arrivée à l’égard des aventures de Gaspard Hauser, qui ont fait verser tant de larmes aux jeunes lecteurs du Journal des Enfans.

M. Janin n’ayant point répondu à l’appel de son nom. Me Bethmont, avocat de la partie civile, s’est mis à lire l’Echo Britannique, tandis que M. l’avocat du roi collationnait sur un article du Journal des Enfans, au bas duquel on lit Jules Janin.

— C’est identiquement la même chose, si l’on en excepte quelques lignes d’introduction, s’est écrié M. le substitut. — (Hilarité.)

L’avocat a fait remarquer que certaines fautes typographiques n’avaient pas même été corrigées, ce qui prouverait que l’article a été fait avec un ou deux coups de ciseau.

Sur les conclusions du ministère public, M. Jules Janin et le directeur du Journal des Enfans ont été condamnés à 125 fr. d’amende et à 500 fr. de dommages-intérêts.

— La seconde livraison du grand travail de M. Capefigue sur l’histoire de la reforme, de la ligue et du règne de Henri IV paraîtra dans la seconde quinzaine de mai ; elle contient les deux grandes scènes populaires de cette époque, la Saint-Barthélemy et les barricades. La physionomie de ces événemens est entièrement changée ; les documens originaux puisés dans les registres de l’Hôtel-de-Ville de Paris, dans les archives espagnoles de Simancas, expliquent ces scènes de rues que des esprits vulgaires, se copiant les uns après les autres, avaient jetées dans les mêmes formes et empreintes du même esprit. C’est un curieux travail d’érudition et de critique que celui qu’achève M. Capefigue. Le règne de Henri IV formera la dernière livraison.


ELOA, ou LA SŒUR DES ANGES, PAR M. ZlÉGLER, COMPOSITIONS AU TRAIT SUR LE POÈME DE M. ALFRED DE VIGNY. — C’est une heureuse idée que d’avoir voulu appliquer cette manière au trait de Flaxman et de Cornélius à une œuvre française, à Eloa, à cette Béatrix déchue, à cette Marguerite si angélique aussi, quoique abusée. Il y a d’ailleurs, dans le talent et la manière de M. Ziégler, des affinités secrètes qui devaient diriger le choix de son crayon vers M. Alfred de Vigny préférablement à