Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 4.djvu/135

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exigeait l’insertion pure et simple. Lui ou le précédent envoyé avait commencé par expliquer, au nom de M. Coëssin, comment celle expression de sectaire était fâcheuse, et quels graves effets elle pouvait entraîner, par exemple, de faire entendre que M. Coëssin était hors de l’orthodoxie de l’Eglise, de faire refuser la communion à ses disciples qui communiaient chaque semaine, d’alarmer en province les familles dont les fils étaient chez M. Coëssin. Puis, tout aussitôt après ces considérations presque touchantes et pieuses, venaient des menaces couvertes et une perspective de duel jetée çà et là. M. de Beauterne, n’ayant pas d’abord rencontré M. Sainte-Beuve, lui annonça sa visite pour dimanche neuf heures du matin. L’entretien eut lieu au bureau de la Revue des Deux Mondes : M. de Beauterne arriva seul ; les personnes présentes d’ailleurs étaient, outre M. Buloz et l’un des rédacteurs habituels de la Revue, M. P. Leroux de la Revue Encyclopédique et M. le docteur Paulin. Sans entrer dans les détails de cette conversation sur lesquels le témoignage des personnes assistantes pourrait être invoqué, M. de Beauterne y fut tel qu’il s’était montré dans les précédens entretiens avec le directeur de la Revue, commençant d’abord par un effort évident pour être poli, et s’exaltant bien vite, grâce à son imagination abusée, jusqu’à des paroles véritablement violentes, tellement que M. Sainte-Beuve dut rompre un entretien qui n’avait plus de solution ni début. Quelques heures après, M. de Beauterne adressait une demande en réparation à M. Sainte-Beuve pour la manière dont celui-ci avait cru devoir rompre l’entretien, et aussi à cause de l’atroce calomnie dirigée par lui contre M. Coëssin, avec lequel M. de Beauterne déclare ne faire qu’un. M. Sainte-Beuve a refusé nettement cette satisfaction à M. de Beauterne, et il persiste à voir dans l’affaire qui a tant ému le disciple de M. Coëssin, un point de liberté de presse et de droit d’examen philosophique. Nous n’avons aucunement lieu de craindre le résultat devant les tribunaux, si l’affaire s’y porte. La conduite même du disciple de M. Coëssin nous est acquise comme la meilleure pièce justificative de la phrase contestée et de l’expression sectaire, dans le sens évident où elle a été prise. À une époque d’ailleurs où tous les noms sont remis au ballottage, où toutes les réputations se refont, se défont, se contestent, où tous les systèmes se combattent et se portent défi, où la gloire, le génie, la vertu, tout ce qu’il y a de plus honoré, est chaque jour rentraîné en cause, il serait par trop extraordinaire qu’un homme seul, un auteur qui a écrit des livres, prétendît faire exception à la destinée commune ; que cet homme ne voulût qu’on parlât de lui qu’en un certain sens. La raison du public et celle des tribunaux, si on les invoque, feront justice de cette prétention.