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que le 1er janvier au soir, au lieu du 31 décembre. Il avait manqué sa visite du jour de l’an au roi de Danemark, et avait failli perdre sa place de chambellan.

Quant à moi, qui, heureusement, n’avais de visite à rendre à aucun roi, je baisai la main de ces dames, et me mis en route avec Francesco.

C’était un brave enfant et un bon compagnon, joyeux et insouciant, toujours d’une humeur libre, plus fort que ne l’est avec cinq ans de plus un jeune homme de nos villes, vif comme un lézard et léger comme un chamois.

Nous marchâmes deux heures à peu près, suivant toujours les bords escarpés du Rhône, qui de fleuve était devenu torrent, et de torrent devint bientôt ruisseau, mais ruisseau capricieux et fantasque, annonçant dès sa source tous les écarts de son cours, comme les bizarreries de l’enfant annoncent à l’aurore de la vie les passions de l’homme.

Enfin, au détour d’un sentier, nous aperçûmes devant nous, remplissant tout l’espace compris entre le Grimsel et la Furca, le magnifique géant de glace, la tête posée sur la montagne, les pieds pendant dans la vallée, et laissant échapper, comme la sueur de ses flancs, trois ruisseaux qui, se réunissant à une certaine distance, prennent, dès leur jonction, le nom de Rhône, que le fleuve ne perd qu’en vomissant ses eaux à la mer par quatre embouchures dont la plus petite a près d’une lieue de large.

Je sautai par-dessus ces trois ruisseaux, dont le plus fort n’a pas douze pieds d’une rive à l’autre. Cet exploit terminé, nous commençâmes à gravir la Furca.

C’est une des montagnes les plus nues et les plus tristes de toute la Suisse. Les habitans attribuent son aridité au choix que fait le Juif errant de ce passage pour se rendre de France en Italie. J’ai déjà dit qu’une tradition raconte que, la première fois que le réprouvé franchit cette montagne, il la trouva couverte de moissons, la seconde fois de sapins, la troisième fois de neige.

C’est dans ce dernier état que nous la trouvâmes aussi. Arrivé à son sommet, je remarquai que cette neige était, de place en place, mouchetée de taches rouges comme un immense tapis tigré ; je vis, en approchant, que ces taches étaient produites par des