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RICHARD.

Allons ! Alard et Guichard, à moi ! et nous laverons nos mains dans la poitrine du traître.

(Ils s’élancent sur Renaud qui les regarde en pleurant, sans faire un mouvement.)

O Dieu ! mes frères, et vous l’avez cru, et vous avez pu le croire ! que moi j’aie voulu vous trahir !... Ah ! si cela est, dites à la terre de m’engloutir sur l’heure ! Mes pauvres frères, que vous êtes insensés ! hélas ! mon sort ne sera ni plus doux ni pire que le votre ! (Se tournant vers les comtes.)

Ecoutez, comtes d’Anjou, de Monbandel, d’Anton, vous avez été députés par le roi Yon, pour nous conduire ici avec un sauf-conduit ; on nous trahit, vous devez nous secourir !

LE COMTE ANTON.

Nous n’avons d’autre mission que de vous conduire dans ce lieu. Peu nous chaut tout le reste. Débrouillez vos cartes comme vous l’entendrez, nous nous en retournons,

RENAUD.

Ah ! scélérats, lâches et poltrons, vous étiez dans la trahison, je sais bien qu’il me faudra mourir ; mais vous mourrez auparavant. A l’œuvre ! Richard, Alard, tuons chacun le nôtre.

RICHARD.

Il ne faudra pas beaucoup me prier pour cela !

(Ils tuent les trois comtes.)

Nous étions de grands fous, mes frères, de croire que Renaud nous avait trahis ! Maintenant je vois bien qu’il est avec nous, puisqu’il nous venge des traîtres.

RENAUD.

Hélas ! mes frères, mettons-nous à genoux et demandons pardon au créateur du monde, et prions-le d’avoir pitié de notre âme, car je vois qu’il faudra mourir.

(Tous quatre se mettent à genoux, Renaud dit : )

Trinité adorable, regardez avec pitié quatre chevaliers chassés de leur patrie, et que l’on veut tuer au milieu de leurs péchés. Jésus, mon Dieu ! faites-nous encore la grâce de sauver notre vie, que nous puissions faire pénitence, et que nous soyons dignes d’entrer dans votre paradis !

(Les quatre frères se relèvent.)

Maintenant que nous avons recommandé notre âme au Tout-Puissant, prenons congé l’un de l’autre. — Mes frères, mes pauvres frères, je vous dis adieu du fond du cœur, je vous embrasse pour la dernière fois. Puissions-nous, après notre mort, nous retrouver ensemble dans le ciel !

(Ils s’embrassent.)