Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/532

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date précise elle appartient ; mais il y a là d’abord une verve de récit, libre encore de toute imitation, et ensuite une manière de prendre en riant les réalités de la vie, qui dénotent également les insouciantes années de la jeunesse. On se demande pourquoi Racan n’a pas gardé cette vive allure de style. Ce morceau est fort peu connu : je le cite presque tout entier.

<poem> Pour combler mon adversité De tout ce que la pauvreté A de rude et d’insupportable, Je suis dans un logis désert. Où partout le plancher y sert De lit, de buffet et de table.

Nostre hoste avec ses serviteurs, Nous croyant des réformateurs, S’enfuit au travers de la crote, Emportant ployé sous ses bras Son pot, son chaudron, et ses dras, Et ses enfans dans une bote.

Ainsi plus niais qu’un oison, Je me vois dans une maison, Sans y voir ny valet ny maistre ; Et ce spectacle de malheurs Pour faire la nique aux voleurs N’a plus ny porte ny fenêtre.

D’autant que l’orage est si fort, Qu’on voit les navires du port Sauter comme un chat que l’on berne, Pour sauver la lampe du vent, Mon valet a fait en resvant D’un couvre chef une lanterne.

Après maint tour et maint retour, Nostre hoste s’en revint tout cour En assez mauvais esquipage, Le poil crasseux et mal peigné, Et le front aussi renfrogné Qu’un escuyer qui tance un page.