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Quand ce vieillard déjà cassé,
D’un compliment du temps passé
A nous bien peigner s’évertue,
Il nous semble que son nez tors
Se ployé et s’alonge à ressors,
Comme le col d’une tortüe.

Force vieux soldats affamés,
Mal habillés et mal armés,
Sont icy couchés sur du chaume,
Qui racontent les grands exploits
Qu’ils ont faits depuis peu de mois
Avecque monsieur de Bapaume.

Ainsi nous nous entretenons,
Sur le cul comme des guenons,
Pour soulager notre misère :
Chacun y parle en liberté.
L’un de la prise de Pate,
L’autre du siège de Fougère.

Nostre hoste qui n’a rien gardé,
Voyant nostre souper fondé
Sur d’assez faibles espérances,
Sans autrement se tourmenter,
Est résolu de nous traiter
D’excuses et de révérences.

Et moi que le sort a réduit
A passer une longue nuit
Au milieu de cette canaille,
Regardant le ciel de travers,
J’écris mon infortune en vers,
D’un tison contre une muraille.

Ce tableau d’une halte militaire, sur la côte, par une nuit d’orage, indépendamment de son côté pittoresque, est un vrai morceau d’histoire. On regrette, pour le génie du poète, cette rude école de la vie active ; il semble qu’elle l’aurait mieux inspiré que les leçons de Malherbe.

A son retour de Calais, c’était vers 1608, Racan prit Malherbe à