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terres dont la beauté les invitait ; la puissance humaine s’y établit bientôt en maîtresse, n’ayant pas assez de les traverser comme un torrent furieux ; elle y sema des villes pour l’homme, des cathédrales pour Dieu ; elle y développa des états florissans, des mœurs robustes et pures, une religion tendre et fortifiante, une poésie naïve, superstitieuse et idéale. L’Allemagne méridionale n’a jamais été oisive et languissante dans la continuité de la civilisation européenne ; elle a brillé au moyen-âge ; et ne s’est pas éteinte dans les temps plus modernes ; le voyageur français éprouve, en la parcourant, un contentement indicible, car il y rencontre l’originalité attrayante d’une sociabilité qui n’est pas la sienne, et il y trouve en même temps une inclinaison sensible vers les idées et le génie de la France.

Il est remarquable de voir le droit constitutionnel moderne prendre racine dans la terre des Franks, des Ripuaires et des Allemanni. Nous tenons cette importation pour salutaire à la France et à l’Allemagne, non par un fol engouement des transactions constitutionnelles ; mais ces formes sont ici une enveloppe et une procédure nécessaire pour faire admettre dans le cours légal des choses quelques-uns des principes généraux du siècle et de l’humanité.

Les petites principautés constitutionnelles de l’Allemagne jouent un rôle plus considérable que leur puissance effective. Quelquefois dans l’ensemble des affaires générales on méprise les petits états ; mais ici le dédain doit céder la place à l’estime. Si l’on rit en voyant une frêle existence vouloir se donner la même importance et la même attitude qu’un grand corps, le ridicule doit être réservé tout entier aux ducs et aux princes, qui, dans les compartimens étroits de leurs cours et de leurs châteaux, imitent et enferment la royauté. Mais il faut honorer les hommes courageux qui se donnent la peine d’une grande énergie sur un petit théâtre et qui combattent à l’étroit. Ainsi dans le duché de Hesse-Darmstadt, le pouvoir, se pavanant dans une capitale en miniature, est risible ; mais la liberté, parlant à une tribune peu retentissante, est sacrée. Quant à Mayence, qui depuis 1815 appartient au grand-duché, c’est une tête de pont, un poste militaire gardé par la Prusse sur les bords du Rhin. Il est douteux que cette ville ait donné le jour à